LE MONDE SELON SAUTET

TV


UN CŒUR EN HIVER, de Claude Sautet – 1992

Avec Emmanuelle Béart, André Dussolier et Daniel Auteuil

Diffusion  : Arte, mercredi 3 mars, 20h55

Ce qui est bien avec les films de Claude Sautet, c’est qu’on a l’impression de les avoir vus dix fois et pourtant, à chaque fois, on y redécouvre des détails qui touchent tant le cinéaste fut le chroniqueur d’une époque. Avec Un cœur en hiver, il signait sans doute un de ses films les plus originaux avec histoire de musique, portée par la musique de Ravel, un autre choix judicieux.

L’histoire ? Expansif, Maxime, dirige d’une main de fer sa lutherie avec son ami de toujours, Stéphane, un maître artisan assez solitaire. Un jour, le riche propriétaire tombe follement amoureux d’une violoniste, Camille. Mais alors qu’ils sont sur le point d’emménager ensemble, contre toute attente, Stéphane sort de sa tanière et décide de séduire la jeune femme, au grand dam de son meilleur ami.

Soutenu par le jeu des trois principaux comédiens qui ne font aucune fausse note, le film de Sautet est un opus mélancolique sur la confusion des sentiments. Avec un personnage étrange, celui de Stéphane, désenchanté, mais irrité par le bonheur de Maxime et qui va séduire la jeune violoniste juste pour voir, pour se prêter à un jeu cruel… Dans ce personnage, Daniel Auteuil est d’une noirceur absolue.

Film porté par la musique – pour laquelle les trois protagonistes partagent la même passion – Un cœur en hiver distille des choses sur la vie et l’amour : ce sont des variations subtiles sur la complexité des sentiments de trois protagonistes.


Le portrait d’un cinéaste, chef d’orchestre

À la suite de ce film, Arte diffuse un documentaire inédit d’Amine Mestari et Thomas Boujut : Claude Sautet – Le Calme et la Dissonance. Un titre qui renvoie à l’épitaphe du  cinéaste qui filmait comme un chef d’orchestre et était sensible à la musique des mots : « Garder le calme devant la dissonance. »

Les titres de ses films évoquent l’air d’un certain temps : celui des années 1970 et 1980, de la fin de la fin des Trente glorieuses aux années François Mitterrand. Il suffit de se souvenir des titres  comme Les Choses de la vie; Vincent, François, Paul et les autres ou encore César et Rosalie pour faire un étonnant voyage dans le temps… Claude Sautet n’a eu de cesse, non pas de signer des opus réalistes, mais qui soient marqués du sceau de l’authenticité. Dans ces films, on parle parfois fort, on se retrouve entre copains ou amants, on fume…on vit tout simplement et on avance malgré les blessures de la vie.

Passant d’une époque à l’autre, les deux auteurs de ce doc reviennent aussi bien sur les rencontres fortes avec Romy Schneider, Lino Ventura ou encore Jean-Loup Dabadie que sur les moments de relatifs échecs : ainsi quand Les Choses de la vie ne remporte rien en 1970 au Festival de Cannes, malgré de bonnes critiques. Dans ce parcours, on note un trait constant : le travail que fit Sautet, ce conteur hors pair, sur les scénarios des autres réalisateurs qu’il va conseiller tout au long de sa vie.

Thomas Boujut note : « Le fil rouge du film est un entretien d’une vingtaine d’heures réalisé par mon père le critique de cinéma et écrivain, Michel Boujut pour le livre Conversations avec Claude Sautet, publié en 1994. » Un créateur qui n’a jamais vibré que pour le 7ème Art.

Laisser un commentaire