PEKCINPAH SUR LE FRONT DE L’EST

Patrimoine


CROIX DE FER, de Sam Peckinpah – 2h06

Avec James Coburn, Maximilian Schell, James Mason, David Warner

Sortie : 1977

Quand Sam Peckinpah tourne Croix de fer, c’est sa première incursion dans l’univers du film de guerre. Et, une fois encore, Peckinpah n’a pas choisi la facilité avec un scénario qui sort des sentiers battus. Sur le front russe, un aristocrate allemand, le capitaine Stransky, est prêt à tout pour obtenir la croix de fer. Tout sauf y laisser la vie. Cette conception du métier de soldat se heurte à celle d’un vieux baroudeur, le sergent Rolf Steiner,  placé sous ses ordres.

Le choix de Peckinpah de voir la guerre du côté du soldats allemands « de base » sur le front russe est une des grandes originalités du film. Loin de l’image martiale du soldat nazi pur jus, le cinéaste nous montre les soldats plongés dans la « connerie » de la guerre, voulue par Hitler. Et, fidèle à sa manière de filmer la violence des hommes, Peckinpah nous immerge au cœur des combats, au ras de tranchées avec les assauts à l’arme blanche, les corps sur lesquels passent les chenilles de chars, le bruit et la fureur.  L’homme a du métier : les images sont parfois à la limite du supportable.

In fine, on se demande s’il est si important que le personnage principal – campé avec perfection par James Coburn qui avait déjà tourné avec le cinéaste dans Major Dundee – soit allemand, tant le film sonne comme un pamphlet antimilitariste. Et ce d’autant plus que Rolf Steiner est un héros de guerre quand le capitaine Stransky est un lâche, doublé d’un planqué. Deux séquences sont à cet égard significatives. D’abord celle de l’hôpital où Steiner se remet d’un traumatisme à la suite d’une explosion d’obus et où il saccage le buffet offert par les officiers nazis. C’est l’occasion aussi d’un moment surréaliste quand le haut gradé allemand tend la main à un blesse qui lui tend ses deux moignons l’un après l’autre, pour finir par lui… donner son pied à serrer.

Ce film violent et très réussi ne fut pas pour autant une partie de plaisir : le scénario fut remanié à plusieurs reprises, le tournage en Yougoslavie avec une équipe cosmopolite n’arrangea rien et le financement n’était pas royal. Un tournage sous tension donc : selon l’acteur Vadim Glowna, Sam Peckinpah buvait quatre bouteilles de vodka par jour et dormait moins de 4 heures par nuit. On a du mal à imaginer que la tension sur le plateau n’ait pas eu des conséquences directs sur les affrontements montrés à l’image où la tension psychologique est présente à chaque scène. Avec, in fine, l’éclat de rire sardonique d’un James Coburn, comme un cri primal d’un homme au cœur de l’horreur des combats…

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