
Trois ans après l’adaptation enlevée de Au revoir là-haut, sombre chronique sur 14-18, un opus multi-césarisé, Albert Dupontel est de retour, le 21 octobre, avec Adieu les cons, une fable sociale sur les paumés de la vie. Dupontel ? Un coup de griffe à découvrir en trois thèmes.
Le provocateur. Rien que le titre sonne comme du Dupontel pur jus, un digne successeur d’un Mocky qui aurait digéré tout Blier, sans pour autant ne pas payer un tribut à la bande des Monty Python : une fois encore, Terry Gillian fait une apparition clin d’œil dans ce film qui est dédié en prime à Terry Jones, disparu en janvier 2020. Une fois encore, Dupontel signe une histoire sur les accidentés de la vie. L’histoire ? Lorsque Suze Trappet apprend à 43 ans qu’elle est sérieusement malade : elle décide de partir à la recherche de l’enfant qu’elle a été forcée d’abandonner quand elle avait 15 ans. Sa quête administrative va lui faire croiser JB, quinquagénaire en plein burn out, et M. Blin, archiviste aveugle d’un enthousiasme impressionnant. À eux trois, ils se lancent dans une quête aussi spectaculaire qu’improbable. Amateur des films courts et des formules qui percutent, Dupontel souligne : « Pour cette histoire, je suis parti de l’idée d’opposer deux « combles », quelqu’un qui veut vivre mais qui ne peut pas, à quelqu’un qui pourrait vivre mais qui ne veut pas. »
Une mise en scène nerveuse. En jouant sur les open space, ces prisons ouvertes du management moderne, avec un penchant (une fois encore) à la Jeunet dans la précision des décors et le jeu des lumières, Dupontel sait créer un univers dont la démesure et le réalisme sont oppressant à souhait. Cinéaste politique s’il en est, Dupontel – tout comme un Bertrand Blier – sait se jouer de l’absurde pour dénoncer une situation, un climat social. Sans pour autant offrir un film en forme de banal tract.
L’esprit de bande. Tout en sachant embarquer de nouveaux venus dans son monde – Virginie Efira semble s’être glissée sans coup férir dans ce royaume de l’absurde – Dupontel sait s’entourer d’une galerie de personnages, parfois de gueules (tout comme Mocky) qui donne un relief certain à ses histoires. On se souvient comment il avait utilisé admirablement le jeu des masques dans Au revoir là-haut.
Vieux complice de Dupontel, Nicolas Marié campe avec brio un aveugle embarqué dans cette course folle,. Figurent encore au générique Bouli Lanners, Philippe Uchan sans oublier Michel Vuillermoz qui ne boudent jamais une participation dans ses films.
Voilà pourquoi un nouveau Dupontel est toujours un bon millésime à déguster frappé…
