
LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT, de Emmanuel Mouret – 2h02
Avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne, Émilie Dequenne
Sortie : mercredi 16 septembre 2020
Mon avis : 5 sur 5
Le pitch ?
Daphné, enceinte de trois mois, est en vacances à la campagne avec son compagnon François. Il doit s’absenter pour son travail et elle se retrouve seule pour accueillir Maxime, son cousin qu’elle n’avait jamais rencontré. Pendant quatre jours, tandis qu’ils attendent le retour de François, Daphné et Maxime font petit à petit connaissance et se confient des récits de plus en plus intimes sur leurs histoires d’amour présentes et passées…
3 raisons d’y aller ?
Les mystères du coup de foudre. Depuis des lustres, Emmanuel Mouret a fait de l’exploration de la Carte du tendre un de ses sujets favoris. Il sait raconter les mystères du sentiment amoureux en mêlant la douceur et la cruauté, ce qui fait l’originalité de ses scénarios. S’il y a violence chez lui dans les relations humaines, elle n’est jamais physique, mais plutôt morale. Il souligne : « La violence intérieure me semble beaucoup plus intense que la violence extérieure, dans les films sentimentaux tout comme dans les films mettant en scène des criminels : les moments lus plus tragiques seront ceux où le héros, bien que meurtrier par profession, sera confronté à un conflit de désirs inaccordables, généralement l’attachement familial, amoureux, amical et le devoir du groupe auquel il appartient. Le souci de l’autre, c’est ce qui rend notre relation au monde aussi belle que cruelle et complexe. »
Un dialogue sur le fil du rasoir. Emmanuel Mouret a un vrai talent : celui de s’inscrire dans la grande tradition du marivaudage grâce à des dialogues qui sont d’une fluidité absolue et font de ces chassés-croisés amoureux un petit miracle d’équilibre, créant une atmosphère entre Woody Allen et Eric Rohmer. Jamais chez lui, le jeu entre le flash-back et le flash-forward ne fait plaqué. Chaque rupture, chaque coup de foudre sont portés par un sens du rebondissement d’une rare finesse.
Un casting du tonnerre. Pour porter une telle histoire, sans jamais sombrer dans le mélo des familles, il fallait des comédiens capables de jouer sur la légèreté. Aucun des comédiens de ce nouveau film de Mouret ne déroge à cette règle. Entre Camélia Jordana, absolument magnifique, à Niels Schneider, très juste quand il s’agit d’exprimer le trouble d’un sentiment amoureux qu’on redoute, en passant par Vincent Macaigne, le naïf amoureux, ou encore Émilie Dequenne ; tous les comédiens portent les mots de Mouret avec une rare élégance. Jouant avec une retenue qui n’exclut jamais l’intensité, ces comédiens donnent au neuvième long métrage de Emmanuel Mouret un grain magnifique. Et c’est sans doute son meilleur film à ce jour.
