ANNE FONTAINE SE JOUE DES CODES

Pour son nouveau film, Police, Anne Fontaine signe son dix-huitième opus en s’attaquant à un genre très codé. Sans perdre pour autant son goût pour le clair-obscur. Sur les écrans le 2 septembre.

 Police n’est pas un film policier de plus. L’histoire ? Virginie, Erik et Aristide, trois flics parisiens, se voient obligés d’accepter une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Sur le chemin de l’aéroport, Virginie comprend que leur prisonnier risque la mort s’il rentre dans son pays. Face à cet insoutenable cas de conscience, elle cherche à convaincre ses collègues de le laisser s’échapper.

En adaptant le roman de Hugo Boris, sorti en 2016 chez Grasset, Anne Fontaine reste fidèle à son penchant pour les situations ambigües. Elle raconte : « J’ai eu envie de suivre leur cheminement intérieur, partager leurs questionnements. Comment réagirait-on à leur place si on nous ordonnait de renvoyer un demandeur d’asile dans son pays ? Comme le lecteur du roman, le spectateur devait pouvoir naviguer avec ses propres interrogations sur la transgression, la désobéissance… »

Depuis Nettoyage à sec, en 1997, on connaît les thèmes qui concernent la réalisatrice née au Portugal en juillet 1959 et qui fut danseuse de formation avant de jouer la comédie et de passer de l’autre côté de la caméra. Il y a chez elle le désir  de sonder les relations humaines, dans ce qu’elles ont de plus intimes, de plus violentes parfois.

Virginie (Virginie Efira), Erik (Grégory Gadebois) et Aristide (Omar Sy)

Chez la cinéaste, il y a la volonté permanente d’explorer les êtres, de capter leurs motivations profondes d’agir (ou non). En 2005, elle définissait Entre ses mains, avec Isabelle Carré et Benôit Polvoorde comme un « thriller intime« .

Pour Police, Anne Fontaine a pris le temps de rencontrer des membres des forces de l’ordre pour mieux appréhender leur quotidien. Elle raconte : « Des hommes mais aussi des femmes – elles sont désormais très nombreuses dans la police, entre 30 à 40% des effectifs. J’ai vu des êtres humains parfois très complexes, d’autres plus simples, des gens, en tous cas, qui n’avaient rien à voir avec tous les a priori qui circulent. Ça a été un travail essentiel pour préciser les personnages, crédibiliser leurs actions et rendre la véracité de cette profession. J’ai retrouvé certains de mes interlocuteurs au moment de la préparation, pour qu’ils enseignent les bons gestes aux acteurs, et d’autres sur le tournage : pour jouer les scènes d’interrogatoire au centre de rétention à Vincennes et l’interpellation à Roissy, j’avais besoin de « pros ». »

Attachant un soin tout particulier au choix des acteurs et à la lumière – « une conquête vertigineuse, à la fois mystérieuse et précieuse » –  Anne Fontaine s’est lancé un défi cette fois en tournant un film en grande partie dans une voiture et en studio. « Je n’aurais pas eu des cadres aussi stylisés, ni pu me permettre certains travellings. Le commissariat a, lui aussi, été entièrement recréé », précise-t-elle. Et c’est Yves Angelo avec lequel elle avait déjà collaboré qui a déterminé le style visuel du film.


 

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