LA TROISIÈME FEMME, de Ash Mayfair – 1h36
Avec Le Vu Long, Tran Nu Yen Khé
Sortie : mercredi 19 août 2020
Mon avis : 3 sur 5
Le pitch ?
Dans le Vietnam rural du XIXème siècle, May, 14 ans, devient la troisième épouse du riche propriétaire Hung. Elle comprend rapidement qu’elle ne peut obtenir un statut social plus prestigieux qu’en s’imposant comme étant une femme capable de donner naissance à un fils. L’espoir de May de changer de position sociale devient réel lorsqu’elle est enceinte…
Ce qui touche dans ce film ?
Pour évoquer la création de ce drame, Ash Mayfair déclare : « La Troisième Femme est inspirée de l’histoire de ma famille. Une histoire qui remonte à la fin des temps, un conte sur l’amour et la découverte de soi à une époque où les femmes n’avaient pas droit au chapitre. »
En décrivant très bien le poids de la société patriarcale, les mariages arrangés avec des maris que les futures épouses – vierges « bien entendu » – ne découvraient que le soir des noces, la réalisatrice montre très clairement comment l’individu soit se battre ou se soumettre à la vie de la communauté et où le collectif prend toujours le pas sur l’individuel.
Ainsi la jeune fille qui débarque dans cette famille pour devenir la troisième femme doit découvrir les multiples rôles qu’elle va devoir assumer, notamment celle de mère qui devrait « offrir » à son mari le mâle, objet de bien des désirs. Comme elle doit aussi vivre avec les autres épouses avec lesquelles elle entretient des rapports dans lesquels la jalousie n’est pas de mise et doit rester cachée.
Abordant de manière subtile les questions de la sexualité, de l’homosexualité latente aussi, et tout ce qui touche à la vie de ces familles à « ramifications », la réalisatrice montre bien comment le poids des traditions peut construire sans doute, mais détruire aussi des personnalités.
Si l’histoire est parfois répétitive, manque ici ou là de rythme et d’imprévus, le film ne peut que séduire par sa beauté formelle, aussi bien dans les décors naturels magnifiques du nord du Vietnam que dans les lieux plus intimes, avec des éclairages tamisés. Avec, en ultime personnage, cette nature à laquelle les traditions attribuent une grande force symbolique.
En tout cas, un film qui ne manque ni de beauté poétique, ni d’intérêt sociologique et historique. Et un scénario qui se joue de la cruauté des sentiments amoureux à une époque où il convient de suivre la tradition comme le montre le drame du fils refusant son épouse… Et dont la vie ne peut que tourner au drame.
