LES DÉRIVES D’UN VÉTÉRAN

TIJUANA BIBLE, de Jean-Charles Hue – 1h32

Avec Paul Anderson, Adriana Paz, Noe Hernandez

Sortie : mercredi 29 juillet 2020

Mon avis : 4 sur 5

Le pitch ?

Nick, un vétéran américain blessé en Irak, vit dans la Zona Norte, le quartier chaud de Tijuana. Il y fait la connaissance d’Ana, une jeune mexicaine à la recherche de son frère disparu depuis quelques semaines. Ensemble, ils vont plonger dans les bas-fonds de cette ville aux mains des narcos-trafiquants.

Ce qui touche dans le film ?

Une fois de plus, le cinéma s’empare des traumatismes des marines marqués par la guerre : avec Nick, il s’agit d’un pèlerin qui a fait trois séjour en Irak et dont on sent qu’il porte encore les stigmates, coincé qu’il est entre les petites combines pour survivre – à cet égard, la scène de chasse au chien en ouverture en dit plus qu’un long discours et vous cueille à froid – et une consommation plutôt ahurissante de came en tout genre.

S’il est question de rédemption dans cette ville-frontière de toutes les violences, il ne faut pas faire de confusion sur le titre. Explications du réalisateur : « Les « Tijuana Bibles », ce sont en fait des petits flipbooks de bande dessinée pornographique, avec Popeye ou Betty Boop, qui se vendaient sous le manteau. Pour moi, ce titre parle déjà de Tijuana, de son ambiguïté permanente. » 

Et il ajoute : « C’est aussi l’histoire du film avec l’éternel perdant d’un côté – le personnage de Nick qui vient s’oublier dans la came – et le bon pasteur de l’autre, Ricardo, inspiré de l’authentique récit d’un ancien marine déporté des États-Unis tombé dans la drogue de Tijuana, qui, après la rencontre d’évangélistes, est devenu ce pasteur un peu étrange, en uniforme de cérémonie et a fondé sa propre église. »

Jean-Charles Hue montre bien comment dans cet univers de marge et de violence, il y a partout des scènes de religiosité, voire de crédulité avec notamment cette jeune femme mexicaine, Ana, qui « communique » avec les morts ou l’étrange autel du patron des narcos.

Décrivant une humanité qui évolue en permanence, une ville où rien n’est figée et où les frontières entre le Bien et le Mal sont ténues, le cinéaste montre bien la violence omniprésente de Tijuana. Son récit est aussi porté par Paul Anderson, d’une maigreur cadavérique, et qui campe avec beaucoup de force ce marine qui ne croit beaucoup en l’humanité et s’assomme dans la dope. Malgré quelques redites ici et là, ce drame tient en haleine et l’on se demande bien comment le cinéaste est parvenu à tourner un film dans de telles zones de non droit et de violences quotidiennes.

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