TIEMPO DESPUÉS, de José-Luis Cuerda – 1h35
Avec Roberto Álamo, Blanca Suarez, Iñaki Ardanaz, Carlos Areces, María Ballesteros, Javier Bólado
Sortie : mercredi 22 juillet 2020
Mon avis : 4 sur 5
Le pitch ?
En 9177, le monde entier se retrouve réduit à un seul bâtiment officiel dans lequel vit « l’establishment » et des banlieues crasseuses, habitées par tous les chômeurs et affamés du cosmos. Parmi tous ces misérables, José María décide de prouver qu’en faisant face et en vendant une délicieuse limonade de sa fabrication dans le bâtiment officiel, autre monde est possible…
Ce qui touche dans cette comédie politique ?
Dans cette histoire en forme de dystopie, José-Luis Cuerda tire sur tout ce qui bouge en mariant l’ironie à l’absurdité, et en nous conviant dans un univers surréaliste que ne renierait pas un Luis Buñuel. Son roi d’Espagne a un fort accent nord-américain et semble avoir tout le temps du retard avec l’histoire et l’Histoire; le couple de la Guardia civil, dont l’un porte un kilt, est délirant en diable; et le coiffeur assassiné remplit son salon en égrenant les grands poèmes de la littérature espagnole devant un public fasciné…
Pour évoquer ce nouveau conte cinématographique de la modernité, il souligne : « Moi, j’ai décidé que tout arrive. Absolument tout. Et qu’il fallait donner la priorité à ce qui faisait rire, beaucoup rire ; mais pour ne pas tomber dans la pure et grande sottise, il fallait synchroniser les bêtises et le prurit éthique, l’acuité philosophique, le bon usage de la coutume qui le mérite et l’exercice de l’amour, par le sexe. »
Dans ce film choral où tous les acteurs tirent leur épingle du jeu, le dérisoire est roi dans cette tour de Babel planté dans l’improbable décor des westerns d’un John Ford. Un monde vertical dominant le vide du désert où les derniers habitants ont une vue imprenable sur le vide et une vie au calme inquiétant.
Par comparaison, le camp retranché des sans-grades qui survivent en vendant des jus de citron, entre autres, semble un réceptacle de vie, où l’on s’émeut encore à l’écoute d’un rythme de flamenco en regardant danser une adapte du genre, comme dernière carte postale d’un monde disparu.
Après son Amanece, que no es poco, José-Luis Cuerda brocarde ici une société qui n’a pas su faire le deuil du franquisme et où le sabre et le goupillon font encore bon ménage, preuve en est avec ce curé flingueur (excellent Antonio de la Torre) qui tente de mâter la révolution…
La fable est extrême, le trait exagéré, mais ce vaudeville politique fait souffler un salutaire vent de liberté sur les écrans à une époque où la Covid-19 a remis la peur au centre du jeu politique.
