UNE FEMME LIBÉRÉE, C’EST PAS FACILE !

LA BONNE ÉPOUSE, de Martin Provost – 1h50

Avec Juliette Binoche, Yolande Moreau, Noémie Lvovsky, Edouard Baer, François Berléand

Sortie : mercredi 11 mars 2020 (nouvelle sortie : 22 juin 2020)

Mon avis : 3 sur 5

Le pitch ?

Tenir son foyer et se plier au devoir conjugal sans moufter : c’est ce qu’enseigne avec ardeur Paulette Van Der Beck dans son école ménagère. Ses certitudes vacillent quand elle se retrouve veuve et ruinée. Est-ce le retour de son premier amour ou le vent de liberté de mai 68 ? Et si la bonne épouse devenait une femme libre ?

Et alors ?

Originale, l’idée de raconter la libération des femmes à la fin des années 60 à travers la chronique de la vie dans une école ménagère (la première fut ouverte à Reims en 1873). Pour mémoire, c’est en 1965 que la mari ne fut plus considéré comme le « chef de famille » et que la femme a pu exercer une profession et ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de son mari.

Depuis Sage femme, en 2017, on connait le penchant de Martin Provost d’aborder des sujets sérieux sur le ton de la fantaisie. Dès la première scène, Juliette Binoche s’en donne à cœur joie en jouant la femme de Paulette Van Der Beck qui assure, avec un entrain non dissimulée, la journée de rentrée dans cette école qui semble sortie d’une autre époque.Petit à petit, suite à la mort de son mari frappé d’une apoplexie à table et aux retrouvailles avec un ancien amoureux devenu banquier et qui la sauve l’école de la faillite, Paulette découvre les joies du combat pour l’émancipation féminine.

Martin Provost souligne le sens de son récit en ces termes : « Cela vient de mon histoire sans aucun doute, puisque je me suis violemment opposé à mon père, pour qui la domination masculine était légitime. C’est aussi cette opposition qui m’a poussé à quitter ma famille très jeune et à faire les films que je fais. La Bonne Épouse est certainement le film qui me ressemble le plus. Il réunit tous les autres. C’est mon film le plus libre, mais aussi peut-être, et contrairement aux apparences, le plus engagé. »

SI l’histoire patine parfois, si certaines scènes peuvent sembler caricaturales, dans l’histoire d’amour notamment, il y a des moments qui sonnent très juste, notamment avec le personnage de la belle sœur aussi gentille que naïve et campée avec le sens de l’autodérision qui lui est propre par Yolande Moreau. Avec elle, un banal cours de crêpes peut tourner au grand cirque.

Dans la personnage du mari un brin obsédé par les jeunes femmes dénudées et qui est dévoré par sa passion du jeu, François Berléand s’en donne aussi à cœur joie pour incarner le « mâle dominant » symbole de cette époque. Une mention aussi pour Noémie Lvovsky en bonne sœur de choc et qui n’hésite pas à sortir sa pétoire pour faire fuir un prétendu voleur.

C’est drôle, émouvant et l’idée finale du ballet ne manque pas d’originalité. Une histoire agréable pour revenir sur le long combat de l’émancipation des femmes et d’une époque qui semble remonter à la nuit des temps. Et pourtant, cela se passait il y a six décennies seulement…

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