La vengeance du pensionnat

Patrimoine


Si le film a connu un récent remake, Les Proies, de Don Siegel est un drame à la violence sourde dans une atmosphère de western. Un grand rôle pour Clint Eastwood en parfait salaud devenant victime…

Sorti en 1971, Les Proies a marqué les spectateurs. L’histoire est celle de John McBurney. Grièvement blessé à la jambe pendant les derniers jours de la guerre de Sécession, il est découvert par Amy, une sudiste de dix ans, qui le découvre gisant dans la forêt et parvient à le traîner jusqu’au pensionnat où elle est élevée. Toutes les élèves sont partagées entre leur peur du yankee et leur désir d’homme depuis le début de la guerre. Comprenant la situation, John s’exerce à séduire tantôt l’une, tantôt l’autre, mais, contraint par la menace, il cède à la plus entreprenante et se fait surprendre…

À sa sortie , le film surprit son monde : il est vrai, Eastwood – un habitué des films de Siegel et des rôles de dur à cuire – incarne pour la première fois un rôle tragique et certains critiques découvrent alors que l’acteur a une certaine palette de jeu.

Tiré du roman de Thomas Cullinan, dont l’histoire est inspirée d’une comédie grecque d’Eschyle, Les Proies utilise à merveille le cadre de cette grande demeure sudiste perdue dans la nature pour créer une atmosphère oppressante qui monte graduellement. Rien que la scène où il surgit, presque agonisant d’un fourré cueille spectateur à froid. On ne peut que saluer ici le travail de la photographie signée par un Bruce Surtees très inspiré. Eastwood s’en souviendra et le fera travailler sur le plateau de Josey Wales hors la loi ou Firefox, l’arme absolue.

Quant à Siegel, il parvient à faire ressentir une violence d’autant plus forte qu’elle est parfois suggérée ou psychologique. Ainsi dans la séquence de l’amputation où l’ombre sur un mur et le bruit d’une scie symbolise l’acte chirurgical. Et puis, il y a le climat d’une sensualité sourde qui règne dans le film dans la deuxième partie et conduit au drame final, mariant symboliquement l’amour et la mort dans un film où la peur de la castration est un thème en filigrane. Ce qui ne gâte rien à l’ensemble : le casting du film n’offre aucune fausse note autour de la grande Geraldine Page qui règne sans partage sur ce gynécée.

En 2017, Sofia Coppola signait un remake de ce drame. Malgré le casting solide, il n’est qu’une pâle copie de l’original qui, cinq décennies après sa sortie, conserve toute sa puissance narrative. Et offre à Eastwood la première occasion de mourir à l’écran : il y en aura ensuite bien d’autres comme dans son Honkytonk Man.

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