Patrimoine
Certains films gardent une éternelle jeunesse. C’est le cas des Temps modernes dans lequel Charlie Chaplin ironisait sur le monde de l’usine.
Quand Chaplin tourne Les Temps modernes – le film sort en 1936 – le monde n’a pas encore basculé vers une nouvelle guerre même s’il bruisse déjà du bruit des bottes et chacun garde en mémoire la grande crise qui a marqué la planète quinze ans auparavant. L’heure est à la production industrielle et la comédie de Chaplin prend alors une résonance particulière. On se souvient de l’histoire. Charlot est ouvrier dans une immense usine. Il resserre quotidiennement des boulons. Mais les machines, le travail à la chaîne le rendent malade, il abandonne son poste et recueille une orpheline…
Dans son dernier film de la période muette, Chaplin dresse un portait acide de son époque et évoquant les lendemains de la grande crise, dénonce la mécanisation du travail, le chômage, la violence de la répression policière… Avec sa frêle silhouette, Charlot symbolise alors la fragilité de l’individu dans une telle société.
Dans le magnifique ballet de Charlot avec les machines – de la séquence célèbre de la chaîne de montage à la descente dans les rouages du monstre – Chaplin montre bien comment l’usine devient un piège à hommes même si son héros se tire de ce mécanisme de fer. Chaplin déclarait ainsi à la sortie du film : « Le chômage, voilà la question essentielle. Les machines devraient faire le bien de l’humanité, au lieu de lui apporter tragédie et chômage ». Une formule qui garde toute son acuité dans nos temps modernes…

Pour la petite histoire, on entend pour la première fois la voix de la star du muet dans le film. Travaillant dans un restaurant, Charlot écrit les paroles d’une chanson sur sa manchette, mais elles s’envolent : le voilà contraint d’improviser sa chanson dans un italien incompréhensible. C’est le dernier tour de piste du personnage avant que Chaplin ne signe un autre classique : Le Dictateur.
Si Chaplin avait imaginé une fin plus sentimentale – Charlot étant hospitalisé à la suite d’une dépression nerveuse, la gamine devenait nonne – il lui préféra une conclusion moins sombre. Une fois de plus, son héros file vers un destin individuel en marge de ces « Masses » qui devaient donner au film son premier titre. Et Chaplin signa la musique originale si importante dans le tempo de cette comédie sociale.
