Sidney Pollack chez les mafieux

Patrimoine


Prouvant qu’il pouvait aborder tous les registres, Sidney Pollack signait en 1975 Yakuza, un film moins connu de lui où il jouait avec les codes d’honneur des mafieux japonais prenant de la distance avec les modèles américains.

Yakuza c’est l’histoire d’un Américain confronté aux valeurs japonaises. Le détective Harry Kilmer se rend au Japon pour sauver la fille de son meilleur ami, George Tanner. Celle-ci a été kidnappée par Tono Toshiro, un redoutable chef yakuza, qui exige un équipement de défense complet en guise de rançon. Tanner va alors appeler en renfort d’anciennes connaissances de Kilmer, spécialistes du syndicat criminel nippon.

Avec les errances de ce détective désabusé – un rôle taillé sur mesure pour un Robert Mitchum impeccable – Sidney Pollack décrit dans une histoire à la lenteur calculée un Japon qui se cherche entre la période l’occupation américaine et celle du grand succès économiques des années 70.

Vingt ans après le très réussi La Maison de bambou, de Samuel Fuller, Pollack signait à travers de drame un opus qui montrait l’opposition entre cultures, entre les codes de l’Occident et ceux de l’Orient, avec, en toile de fond, une réflexion sur les liens familiaux.

En plongeant le spectateur dans le monde très codifié des yakuzas, avec quelques séquences où la violence peut jaillir d’une cloison de papier, Sidney Pollack semble vouloir nous dire qu’aucune culture ne doit primer sur l’autre, comme le symbolise le geste final – lourd de symbole –  du détective.

Avec un Ken Takakura très convaincant en boss du gang japonais, Yakuza est un de ces rares films américains de cette époque qui pose un regard original sur ce Japon d’après-guerre, encore récemment vu comme un ennemi mortel. Certes le film a un peu vieilli, mais ce Yakuza est un film qui ne manque pas d’originalité, entre film de gangster et film de sabre. Et à l’heure d’une Amérique de Trump, cette ouverture d’esprit du cinéaste fait souffler un peu d’air frais sur l’écran à travers un polar de facture classique et très efficace.

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