Patrimoine
Si Martin Scorsese a tourné un remake de ce film en 1991, en faisant quelques clins d’œil à l’original, Les Nerfs à vif, de John Lee Thompson est un récit prenant sur l’histoire d’une vengeance impitoyable.
Les Nerfs à vif raconte le retour d’un certain Max Cady sur les lieux du crime. L’homme vient de passer huit ans en prison pour agression sexuelle. Il retourne dans la ville où il compte retrouver le témoin de son forfait qu’il tient pour seul responsable de sa condamnation : l’avocat Sam Bowden. Tranquillement, Max Cady l’avertit qu’il est venu pour se venger, que son châtiment sera terrible et qu’il n’épargnera ni sa femme ni sa fille…
Jouant sur l’affrontement entre le bon et le méchant (Gregory Peck et Robert Mitchum), ce polar joue sur une tension permanente et singulière dans la mesure où Max Cady abat ses cartes dès qu’il entre en scène. On sait qu’il est venu pour créer un climat insupportable dans la vie de cet avocat bien installé, mais on ne sait pas quand il va déclencher l’offensive, ce qui conduit l’homme de loi à faire des faux pas et à craquer.
C’est Gregory Peck qui avait manifesté le désir d’adapter le livre de John D. MacDonald et de confier la réalisation à John Lee Thompson avec lequel il avait déjà œuvré pour Les Canons de Navarone en 1961.
Sur une musique due à un compositeur de renom, Bernard Herrmann (Citizen Kane, La Splendeur des Amberson, Psychose), l’histoire joue sur une atmosphère très malsaine, renforcée encore par le jeu minimaliste d’un Robert Mitchum qui affiche, en permanence, un sourire inquiétant. Et qui peut, on le voit, avec sa conquête d’une soirée passer soudain du calme à une violence soudaine. Mitchum alla si loin dans la composition que le réalisateur devra intervenir à plusieurs reprises pour le calmer, notamment lors d’une scène au cours de laquelle il blesse sa partenaire féminine.

Et, dans la scène finale, sur le houseboat dans les marais, où le metteur en scène joue à merveille sur le noir et blanc, l’atmosphère est oppressante à souhait dans ce décor où l’eau croupie de cette espèce de marais donne l’impression qu’elle va tout engloutir.
Tourné dans l’état de Géorgie, Les Nerfs à vif connut une exposition particulière car, dans sa jeunesse, Robert Mitchum y avait été incarcéré pour vagabondage. Et au début du tournage, un journal local trouva amusant de publier en première page la photo du comédien prise lors de son arrestation.
Une chose demeure : ce polar, mené de main de maître, offre un choc réjouissant entre deux comédiens qui jouent leur partition à merveille dans un récit où il n’y a aucune baisse de rythme. Si le film sortit sans encombres aux États-Unis, il n’en fut pas de même en Angleterre où John Lee Thompson dût se battre face à la censure qui demandait 161 coupes : il s’en tira avec six minutes de film en moins dans la version anglaise sortie en 1963.
