Le cinéma comme une peinture…

Rétro Cannes


1980. C’est le flamboyant film historique d’Akira Kurosawa, Kagemusha, l’ombre du guerrier qui remporte haut la main la Palme d’or. Une réalisation portée par une inspiration picturale et le sens des traditions artistiques du grand réalisateur nippon.

Kagemusha plonge le spectateur dans un Japon moyennageux. En 1573, le Japon est le théâtre de guerres incessantes entre clans rivaux. Le plus puissant de ces clans est commandé par Shingen Takeda. Au cours du siège du château de Noda, Takeda est blessé à mort par un tireur embusqué. Pour éviter que son clan perde de sa cohésion dans des luttes intestines, Shingen demande que sa mort reste cachée pendant trois ans. Un ancien voleur, épargné pour sa ressemblance avec le seigneur de la guerre, fait alors office de doublure avec la complicité des généraux, afin de duper leurs nombreux ennemis à l’affût.

Dès le long plan séquence du début où la caméra prend le temps de s’attarder sur le seigneur de guerre et son sosie, le ton est donné. Kagemusha est un cinéaste d’abord formé par la peinture et  qui compose ses scènes comme de grands tableaux animés. Devant les difficultés pour financer son film, le cinéaste âgé de 70 ans – et qui a signé déjà bien des films magnifiques comme Les 7 Samouraïs et Dodès’kaden – a raconté son histoire à travers des peintures, à défaut d’écran de cinéma, pour convaincre d’éventuels partenaires. Et c’est en voyant ces tableaux que Francis Ford Coppola et George Lucasont décidé  de financer le film.

Fidèle à ses comédiens, Kurosawa  retrouve ici  Tatsuya Nakadai, déjà dirigé dans Les Sept Samouraïs ou Ran et il a aussi engagé une fois encore Tsutomu Yamazaki, déjà présent dans Barberousse. Entre autres.

Outre la beauté plastique des séquences, le film est passionnant car, se déroulant durant la période Sengoku, il est presque entièrement basé sur des faits et batailles historiques s’étant déroulé durant cette période-clé du Japon médiéval. Kurosowa aime soigner les détails et la plupart des armures et costumes vus dans le film ont été empruntés à des musées japonais. Quant aux séquences équestres, très présentes, elles ont nécessité l’utilisation de plus de 200 chevaux, entraînés spécialement pour les besoins du film aux États-Unis. Et ce sont en majorité des femmes qui les ont chevauchés, ce qui a permis au cinéaste de dire qu’elles étaient « plus vaillantes que la plupart des hommes. »

Une fois passé le cap de la mise en production, Kurosawa put travailler avec des moyens : ainsi la bataille finale du film a nécessité deux mois de tournage. Le résultat est à la hauteur. Et cela illustre parfaitement une des phrases que répéta Kurosowa : « Je veux faire connaître aux Japonais, qui l’ont malheureusement oubliée, leur culture, leur tradition. »

Saisissante fresque historique, Kagemusha partagea la Palme d’or cette année-là avec un film radicalement différent : All that Jazz/ Que le spectacle commence, de Bob Fosse (bande-annonce ci-dessous).

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