Patrimoine
1961. The Misfits (Les Désaxés) marqua à jamais la carrière de John Huston, même s’il ne fut pas son préféré. La beauté formelle du film ne put faire oublier le climat lourd des coulisses du tournage.
Le titre français définit bien le drame de John Huston : Les Désaxés. Nous sommes dans les années 50, à Reno, dans le Nevada, capitale de l’industrie matrimoniale et des machines à sous. Une jeune divorcée se lie d’amitié avec un groupe de « misfits » (« désaxés ») composé d’un cow-boy vieillissant, d’un mécanicien au cœur brisé et d’un cavalier de rodéo usé par le temps. Le petit groupe part chasser le mustang sauvage…
Le point de départ de ce tournage avait tout pour être séduisante en réunissant pour le même film Arthur Miller, grand dramaturge; le sémillant Clark Gable, la star des stars féminines, Marilyn Monroe et Montgomery Clift qui symbolisait avec Marlon Brando la nouvelle génération des acteurs en pointe. Avec, derrière la caméra, un metteur en scène dont personne ne pouvait mettre en doute le talent : John Huston. Symboliquement c’est un film sur la survie car les mustangs sont le symbole d’une Amérique de tous les possibles : entre Gay et Perce, Roslyn va servir de passerelle, ce qui permettra de sauver quelques heures ces magnifiques chevaux, vestiges anachroniques d’un monde perdu.
Remarquablement mis en scène, avec le choix gonflé de tourner en noir et blanc, Les Misfits est aussi devenu le film du crépuscule des idoles. De fait, le couple formé entre Arthur Miller et
Marilyn Monroe ne survivra pas au tournage. Minée par l’échec de son mariage, l’abus de médicaments, Marilyn tourne là son dernier film car elle n’a jamais pu terminer son ultime film, signé George Cukor, Something’s Got to Give.
S’il était heureux d’échapper aux comédies légères du type de But Nor For Me, Clark Gable mourut moins de deux semaine après la fin du tournage. On murmura même que le chaleur torride du Nevada, les retards classiques de Marilyn sur un plateau et les durée des scènes finales furent responsables de sa mort à 59 ans seulement.
Quant au jeune premier, Montgomery Clift, il tourne là un de ses derniers rôles et n’est plus que l’ombre de lui-même. Il fera ensuite une apparition dans Jugement à Nuremberg, de Stanley Framer et jouera encore Freud, de John Huston – avec lequel les rapports se dégradèrent vite – et où il est pourtant remarquable. Clift mourra juste après le tournage de L’Espion de Raoul Levy, à 46 ans.
Film un brin « maudit », Les Misfits, réflexion sur l’honneur et la fierté, porte pourtant la marque de John Huston qui avait dit, avec son tempérament pessimiste : « Nous vivons dans une société où les chiens mangent les chevaux. Il y avait un sens à notre vie avec la Seconde Guerre mondiale, mais nous l’avons perdu maintenant. »
Les coulisses du tournage
