La griffe Douglas

PATRIMOINE


Quand Spartacus sort en 1961, le film revient de loin. Il a fallu toute la combattivité de Kirk Douglas pour que le portrait de ce révolté voit le jour.

L’odyssée tragique de Spartacus, l’ancien esclave devenu gladiateur, a marqué les esprits. Nous sommes en Italie, 73 av. J.C. Esclave devenu gladiateur, Spartacus est épargné par un de ses compagnons d’infortune dans un combat à mort. Ce répit soulève en lui le souffle de la révolte, et après avoir brisé ses chaînes, il enjoint les autres esclaves à faire de même…

Pour réaliser Spartacus, Kubrick s’appuie sur l’adaptation de livre de Howard Fast , signée Dalton Trumbo, deux scénaristes victimes du Maccarthysme et de la chasse aux sorcières scandaleuses qui a déferlé sur les États-Unis. L’écriture du scénario fut complexe car, malgré leur proximité politique, les deux hommes ne s’entendaient guère. Dans le livre initial, Fast ne faisait qu’évoquer le héros à travers des personnages l’ayant croisé quand Trumbo centre l’action sur lui. C’est Kirk Douglas qui se battra pour faire accepter que le nom de Trumbo figure bel et bien au générique du film car Universal avait peur de subir les foudres de la censure à Hollywood.

Un temps pressenti, Anthony Mann est remercié après une semaine de tournage car le courant ne passe pas avec Kirk Douglas : pour autant, certaines scènes figurent au montage final : les mines de pierre, l’école des gladiateurs). Douglas propose Jospeh L. Mankiewicz  mais qui est indisponible. Il pense alors à Stanley Kubrick dont il a pu apprécier le travail sur Les Sentiers de la gloire.

Kubrick rencontra d’autres difficultés sur le tournage car il  a affaire à des acteurs-réalisateurs qui ont leur avis sur la mise en scène. Que ce soit Laurence Olivier qui se plaignit auprès de Douglas du manque d’expérience du cinéaste ou encore Peter Ustinov qui obtint la réécriture de certains dialogues. Kirk Douglas lui-même proposait d’autres emplacements pour la caméra…

Pour les scènes de combat, toute l’équipe se déplaça en Espagne car seuls des militaires entraînés pouvaient exécuter les manœuvres complexes d’une armée romaine en plein mouvement. Huit mille soldats espagnols furent ainsi embauchés sur un tournage qui va durer cent-soixante-sept jours.

Le film prend quelques libertés avec l’histoire – selon Tacite, Spartacus n’est pas mort crucifié mais au combat -et pourtant il garde toute sa force et cette fresque historique est assez majestueuse. Alors qu’importe que Douglas, alors âgé de 43 ans, campe un gladiateur qui quittait réellement leur fonction avant 34 ans… Et puis, l’ancien champion de lutte tenait toujours la grande forme…

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