PATRIMOINE
En 1971, Ralph Nelson signait un western dur, Le Soldat bleu. La description du massage de Sand Creek par la cavalerie du Colorado était une manière de dire aussi les horreurs du conflit au Vietnam…
Le Soldat bleu, c’est la reconstitution d’un massacre, dont les images restent toujours terribles. Nous sommes le 29 Novembre 1864, une unité de volontaires de la Cavalerie du Colorado, comprenant 900 hommes, attaque un paisible village Cheyenne à Sand Creek. Les indiens levèrent un drapeau blanc et un drapeau américain. La cavalerie attaqua néanmoins, massacrant sept cents indiens – dont plus de 350 femmes et enfants. Plus de cent scalps indiens furent pris, des corps furent démembrés et il y eu de nombreux viols…
« Ce fut peut-être le crime le plus ignoble et le plus injuste dans les annales de l’Amérique » nota le chef d’état-major américain, Nelson Miles. Et ce western le rappelle dans des séquences parfois insoutenables notamment quand la violence aveugle s’abat sur les femmes et les enfants. Pour rendre les scènes encore plus dures – le film était à sa sortie interdit au moins de 16 ans – Ralph Nelson a fait appel à des orphelins ayant subit des amputations. Faisant confectionner des prothèses pour eux, cela permettait d’obtenir un réalisme atroce durant le tournage en permettant d’arracher ou de couper des morceaux de corps lors des attaques !
Dans la lignée d’un autre film marquant des années 70, Little Big Man, ce western ne peut se regarder sans penser au conflit vietnamien dans lequel les États-Unis sont, à l’époque, embourbés. Outre la relecture du mythe de la Conquête de l’Ouest – on voit bien comment il y eut une volonté politique pour débarrasser des Indiens – ce film s’inscrit comme un manifeste pour dénoncer la
guerre du Viêtnam et l’escalade de violences. On se souvient notamment du tristement célèbre massacre de My Lai, de mars 1968 qui, au centre du pays, fit entre 350 et 500 morts civils. Il fallut même l’intervention de la France, du Louvre notamment, pour que le président Nixon arrêtât le bombardement de la zone où se trouve (on peut toujours en voir les restes spectaculaires) le site archéologique de Mÿ Son, un des premiers sites cham édifié dans le pays au IVème siècle. et il a été classé au patrimoine de l’Unesco. Sans cette prise de parole politique forte, Mÿ Son aurait sans doute été encore plus atteint.
Ce massacre, qui provoqua une vague d’indignation dans le monde, a contribué à la montée en puissance des mouvements pacifistes aux États-Unis. Si le jeu de Peter Strauss, dans la peau d’un militaire pas vraiment expérimenté, ne brille pas par sa finesse , Candice Bergen incarne un personnage féminin nettement plus subtil, tant le personnage, complexe, un peu sauvage, et indépendant, est plus cheyenne qu’américain.
Enfin, le succès du film repose aussi sur une bande originale où la chanteuse d’origine indienne, Buffy Sainte-Marie fait entendre sa voix, s’imposant, une fois de plus, comme une grande porte-parole de l’injustice subie par son peuple.
