GRAINE DE VIOLENCE

Helena Zengel (Benni)

BENNI, de Nora Fingscheidt – 1h58

avec Helena Zengel, Albrecht Schuch, Gabriela Maria Schmeide, Lisa Hagmeister

Sortie : mercredi 18 mars 2020

Mon avis : 4 sur 5

Le pitch ?

Benni a neuf ans. Négligée par sa mère, elle est enfermée depuis sa petite enfance dans une violence qu’elle n’arrive plus à contenir.
Prise en charge par les services sociaux, elle n’aspire pourtant qu’à être protégée et retrouver l’amour maternel qui lui manque tant. De foyer en foyer, son assistante sociale et Micha, un éducateur, tenteront tout pour calmer ses blessures et l’aider à trouver une place dans le monde.

3 raisons d’aller voir ce film ?

Un premier long métrage sur  l’enfance déchirée. Pour son premier film, Nora Fingscheidt s’attaque au difficile univers de l’enfance rebelle dans la droite ligne d’opus comme Les 400 coups, L’Enfant sauvage, Mommy… Elle le souligne : « Les films sur les enfants non désirés sont devenus un genre à part. Ces derniers ont toujours existé : c’est une part tragique de l’humanité qui se reproduit de génération en génération et il est très dur de briser ce cercle maudit. Quand on est élevé sans amour ni stabilité, on reproduit cela sur ses propres enfants. » Malgré l’investissement humain et psychologique de l’assistante sociale et de l’éducateur (Albrecht Schuch et Gabriela Maria Schmeide joue à merveille les accompagnants), Benni reste cette enfant sauvage qui n’a que la violence et la fuite pour exprimer son profond mal de vivre.

Une mise en scène qui colle au drame. Sans jouer sur de grands effets techniques, Nora Fingscheidt signe une réalisation qui restitue parfaitement l’intensité du drame quotidien que vit Benni et ce qu’elle fait vivre à ses proches. La séquence où elle fugue pour retrouver sa famille, la violence de sa relation avec sa mère et son beau-père, est capté comme s’il s’agissait d’un reportage. Plein de couleurs, de musique et d’énergie, le film exprime symboliquement toute l’énergie (et la sauvagerie) de Benni. Et l’image finale très ouverte se garde bien de donner une morale à l’histoire. À chacun de se faire une interprétation avec son parcours et sa sensibilité.

Gabriela Maria Schmeide (Frau Bafané), Helena Zengel (Benni)

Une jeune actrice époustouflante. Sans Helena Zengel, il n’y aurait pas Benni !  On ne peut être que scotché par la force du jeu de cette jeune actrice née en 2008 à Berlin, capable de passer de moments de violence pur à des élans de tendresse, ainsi quand elle s’occupe du bébé de son éducateur chez qui elle a, une fois de plus, fugué. Évoquant le casting long et difficile, Nora Fingscheidt raconte : « Contrairement aux autres filles, elle aimait prononcer les mots grossiers. Puis, même quand elle était agressive, il y avait toujours de la fragilité, du désespoir au fond de son regard. » Captant, en prime, magnifiquement, la lumière, Helena Zengel, dont la vie personnelle est à cent coudées de celle de Benni, fait ici une composition qui ne peut que surprendre par la puissance expressive de son jeu.

Avec des scènes d’une violente intensité, Benni est un drame familial d’une grande force. Un grand premier film.

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