


Adam, le 5 février; Un divan à Tunis, le 12 : cinématographiquement, les réalisatrices du Maghreb ne tournent pas en rond. Leurs films sont autant de cris de révolte. Et c’est réjouissant !
Les réalisatrices montent au créneau face à l’obscurantisme politique et religieux, à en croire les récentes productions venues du Maghreb. On se souvient de Papicha, de Mouria Meddour, sorti en octobre dernier, qui, dans le Alger des années 90, racontait l’histoire de Nedjma, 18 ans, étudiante habitant la cité universitaire, qui rêve de devenir styliste, mais doit se battre contre ceux qui veulent restreindre la liberté des jeunes femmes. On se souvient encore de Noura rêve (sorti le 13 novembre), portrait d’une femme qui se bat pour parvenir à divorcer d’un mari violent et prévaricateur et épouser l’homme qu’elle aime.
Avec Adam, Maryam Touzani fait aussi entendre une voix forte. Le pitch ? Dans la Médina de Casablanca, Abla, veuve et mère d’une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines.
Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d’imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin avec le portrait de deux femmes en fuite… Pour ce film, elle s’est inspiré d’un moment de sa vie familiale. Elle raconte : « Nous étions déjà une famille de cinq enfants, tous élevés dans le respect des autres. Mes parents ont accueilli cette jeune femme et lui ont fourni un toit, sans poser de questions et surtout sans l’accabler sur son état malgré ce que ça représentait aux yeux de la société. Pour l’accouchement ce fut un peu plus difficile. Mon père qui était avocat s’est débrouillé pour que tout se passe au mieux, aussi bien à l’hôpital que pour la suite. Mes parents ont essayé de l’aider à trouver différentes options pour qu’elle puisse garder son enfant. Mais cette jeune femme voulait donner son enfant pour rentrer chez ses parents et tourner la page. Nous avons respecté son choix et avons essayé de faire en sorte que ça se passe au mieux. »
La semaine prochaine, mais j’en reparlerai, c’est à travers une comédie politique que Manele Labibi raconte, dans Un divan à Tunis, la surréaliste installation d’une psy dans une banlieue de Tunis où elle parvient à se faire une belle clientèle malgré les interdits administratifs directement inspirés de Kafka. Ce qui donne lieu à des séquences absolument délirantes dans lesquelles le style de Golshifteh Farahani fait merveille.
Comme quoi, les réalisatrices du Maghreb ne renoncent jamais quand il s’agit de se battre, quitte à affronter la censure comme l’a montré les attaques contre Papicha, pour défendre la liberté des femmes de choisir leur vie, d’assumer leur sexualité au grand jour. Le tout en jouant parfois sur l’humour et le non sens comme le montre dans une semaine le réjouissant Un divan à Tunis. Alors que le cinéma hexagonal tourne souvent autour des petites histoires de famille en misant rarement sur des scénarios, sinon remuants, du moins dérangeants, les voix de ces femmes du Maghreb résonnent avec force. Et leurs films méritent vraiment le détour.
Les hommes s’y mettent aussi, sans doute influencés par leur courage. On le verra, le 11 mars avec Un fils, de Mehdi M. Barsaoui, porté par l’interprétation magistrale de Sami Bouajila qui montre bien comment, en Tunisie, une famille peut être déchirée par une classique histoire d’adultère sur fond d’attaque terroriste. Ce cinéma est un cinéma de tous les combats…
