Égérie de Jean-Luc Godard et de la Nouvelle Vague, Anna Karina vient de disparaître à 79 ans. Une actrice qui chanta aussi pour Gainsbourg et pour Philippe Katerine. Hommage.
L’actrice aux grands yeux bleus cernés d’une ligne noire -des yeux souvent dissimulés sous une frange- a marqué à jamais le cinéma de Jean-Luc Godard. Devant Thierry Ardisson qui avait orchestré leurs retrouvailles après vingt ans de séparation dans son célèbre Bain de minuit, le cinéaste avait alors déclaré : « Elle est comme ces artistes des films musicaux ou muets, qui peuvent parler sans qu’on les comprenne, et on comprend tout ! »
Godard avait rencontré la jeune mannequin danoise grâce à une publicité en 1959. Elle jouait dans un spot pour une marque de savon et il lui proposa un petit rôle dans À bout de souffle (1960). Refus de l’actrice à cause d’une scène dénudée. Mais, ils tourneront quelques mois plus tard ans un film sur la guerre d’Algérie et qui sera interdit durant deux ans : Le Petit Soldat. C’est le début de leur liaison. Quand ils se marient, Anna Karina, qui a 20 ans, est encore mineure.
Elle avait quitté en 1957 son Copenhague natal pour mettre le cap sur Paris, caressant l’espoir de devenir actrice. Mais elle devra s’adapter : Hanne Karin Bayer avait d’abord travaillé comme mannequin et c’est à Coco Chanel qu’elle dût son futur nom d’artiste.
Avec Godard, Anna Karina tournera, avant que leur route ne se sépare, sept films . Depuis l’annonce de sa disparition, les télévisions passent en boucle la célèbre séquence de Pierrot le fou (1965) où, campant une jeune femme qui accompagne un braqueur dans sa cavale (Jean-Paul Belmondo, elle lui lance pour le faire réagir une réplique devenue culte : « Qu’est-ce que j’peux faire, j’sais pas quoi faire… » Une phrase qui lui était venue alors qu’elle lançait des cailloux dans l’eau de mer… Et, fidèle à son goût de l’improvisé, Godard eu le don de la récupérer…
Des films, Anna Karina en a tourné une quarantaine dont le sulfureux La Religieuse, de Jacques Rivette; ou L’Assassin musicien, de Benoît Jacquot. Sans oublier L’Étranger, de Luchino Visconti. Elle est même passée derrière la caméra en 1973 pour signer son seul et unique film : Vivre ensemble. Sur fond d’alcool et de drogue, elle racontait une histoire d’amour en faisant le portrait de « l’époque de (sa) jeunesse ».
Comme d’autres comédiennes, elle a connu aussi le succès dans le chanson grâce aà Serge Gainsbourg dont elle interpréta Sous le soleil exactement, tirée du téléfilm de comédie musicale Anna, de Pierre Koralnik vec Jean-Claude Brialy et Marianne Faithfull. Mais c’est Philippe Katerine qui lui a permis de revenir, en 1999, sur le devant de la scène avec un disque en forme d’autoportrait d’une femme restée libre, voire libertaire : Une histoire d’amour (*). Outre des reprises des chansons célèbres de Pierrot le fou (Ma ligne de chance; Jamis je ne t’ai dit que je t’aimerai toujours…, signées Rezvani), Anna Karina y interprétait de sa voix au léger voile des mélodies brésiliennes en forme d’hymnes à la vie. Dans Ça ne fait rire que moi, elle lance : « Quant retentit le glas/ Ça ne fait rire que moi… » On y trouve aussi un joyeux autoportrait signé Philippe Katerine : Anna Karina.
Une artiste et une femme qui n’ont jamais barguigné avec leur désir de liberté…
(*) Disque Universal/ Barclay
