L’AUDITION, de Ina Weisse – 1h39
avec Nina Hoss, Simon Abkarian, Jens Albinus
Sortie : mercredi 6 novembre 2019
Mon avis : 4 sur 5
Le pitch ?
Anna Bronsky est professeure de violon au Conservatoire. Contre l’avis de ses collègues, elle impose l’admission d’un élève , en qui elle voit un grand talent. Avec beaucoup
d’implication, elle prépare Alexander à l’examen de fin d’année et néglige de ce fait son jeune fils Jonas, lui aussi élève violoniste et passionné de hockey sur glace. Elle s’éloigne de plus en plus de son mari, si aimant à son égard, le luthier français Philippe Bronsky . A l’approche de l’audition, Anna pousse Alexander vers des performances de plus en plus exceptionnelles. Le jour décisif, un accident se produit, lourd de conséquences….
Ce qui touche dans ce film ?
Avec sa complice en scénario, Daphné Charizani, Ina Weisse (L’Architecte) s’attaque à un univers, celui de la musique, qu’elle connaît de l’intérieur. Confidences : « Nous avons toutes les deux joué du violoncelle et du violon pendant très longtemps et nous avons aussi été membre d’un orchestre. Nous étions donc familières de ce milieu et du processus souvent pénible des exercices quotidiens. Il s’agissait donc pour nous de décrire ce processus, le travail de la musique. »
Ce qui donne tout le sel de L’Audition, c’est de décrire ce processus à travers le prisme d’une histoire de famille dont tous les acteurs sont impliqués dans la musique. À travers le personnage d’Anna, Ina Weisse montre bien l’insécurité permanente dans laquelle vit cette musicienne, hantée par sa difficulté à se produire en public : à cet égard, la scène de la perte de l’archer est révélatrice de ses déchirures intimes. Qui pourrait être aussi dues aux relations passées avec un père autoritaire.Une attitude qui la conduit à se couper des siens pour se mettre au service, corps et âme, du jeune Christian. Même dans sa relation adultère avec un autre musicien, un
violoncelliste, on sent qu’elle a la tête ailleurs, qu’elle vit par procuration la musique à travers le parcours de son élève.
Pour donner corps à un tel récit, il fallait des comédiens de haut vol. Le duo formé par la grande actrice allemande Nina Hoss et Simon Abkarian est parfait. Simon Abkarian parvient à composer un personnage très terrien à travers la figure de ce luthier qui transmet ses connaissances doucement, sans violence, à leur fils. Et qui exprime en permanence un grand amour pour sa femme dont il respecte la liberté, même s’il ne semble dupe de rien.
Quant à Nina Hoss, elle exprime dans une grande économie de jeu toutes les contradictions internes de Anna. « Nina Hoss est très précise lors de la préparation. Elle s’est exercée au violon pour ces œuvres d’une grande difficulté musicale, et elle a mené une réflexion approfondie sur le personnage« , souligne Ina Weisse.
D’un sujet dont la partition aurait pu être austère, la réalisatrice tire un récit, certes classique visuellement, mais émouvant et qui évoque bien des fissures de la vie familiale. Une Audition à ne pas manquer.
