Scénariste, auteur de BD, réalisateur, créateur de performance… Jodorowsky est un artiste qui brouille les pistes. Un ouvrage collectif tente d’éclairer sa personnalité multiple : Les Sept Vies d’Alejandro Jodorowsky (*).
En guide d’invitation à la lecture, Vincent Bernière – qui a coordonné les articles du livre avec Nicolas Tellop, souligne : « Égocentrique, Jodo ? On l’entend parfois. S’entretenir avec lui peut parfois prendre des allures de varape verbale surréaliste et hors du temps. Paradoxal, Jodorowsky ? Il n’aime pas qu’on parle de son histoire familiale mais il a passé son temps à la mettre en scène. Mégalo, Jodorowsky ? Qui ne le serait pas, ayant accompli une somme d’œuvres culturelles majeures qui nécessiteraient le travail de plusieurs homo-sapiens pendant au moins sept vies. »
S’il est un artiste complexe, c’est bien Alejandro Jodorowsky. Né en 1929 à Tocopilla, une ville du Chili, il est d’abord connu comme scénariste de bande dessinée et réalisateur. Et pourtant, il a également été acteur, mime, romancier, essayiste, poète et auteur de performances au sein du groupe actionniste Panique, créé en 1962 avec deux agitateurs d’idées comme Roland Topor et Fernando Arrabal.
Une vingtaine d’auteurs, venus d’horizon différent – de la BD à une auteure et taralogue comme Marianne Costa et des universitaires – ont tenté d’appréhender l’homme et l’artiste dans Les Sept Vies d’Alejandro Jodorowsky.
Bien sûr, tout part chez Jodorowsky de cette enfance qu’il a toujours revisitée à sa manière
comme dans son film autobiographique, La Danse de la réalité, en 2013, un film qui oscille entre l’autobiographie et l’autofiction. Mais avec lui, les souvenirs prennent souvent le chemin de l’onirisme. Dans son évocation, Sebastien Benedict rappelle les mots du créateur : » Ma mère et mon père se haïssaient. Je n’étais pas un enfant voulu, je suis né d’une violation de ma mère par mon père. Elle m’a dit : “écoute, après que tu es né, je me suis attaché les trompes […] pour ne plus jamais avoir un fils de ce salaud”. Elle me disait qu’elle ne voulait pas de moi ! Et comme elle parlait de trompes, je pensais qu’à l’intérieur d’elle, il y avait un éléphant. Alors après, j’ai fait un film sur les éléphants. »
Ayant formé sa culture et son imaginaire dans le refuge d’une bibliothèque, Jodo a été « éduqué » par le théâtre, « art du jeu et du simulacre » comme le rappelle les auteurs. Dès son plus jeune âge, il a pu profiter des spectacles qui étaient aussi proposés au cinéma de sa ville natale et il a raconté comment il fut touché profondément par une représentation qui montrait des chiens habillés en humains et qui étaient dressés à parodier des scènes de la vie quotidienne.
Évoquant par le menu, les rencontres et les créations de ce touche-tout et infatigable curieux, le livre ne pouvait passer sous silence une des passions de Jodorowsky, ce tarot auquel il consacra des ouvrages. Enfin, un des morceaux de choix de ce livre, c’est l’évocation du long travail du créateur avec la BD. Il a dit : « S’il ne m’était plus possible de gagner ma vie avec le théâtre et le cinéma, alors je le ferais avec la bande dessinée… »
On retrouve notamment des pages très intéressantes sur Les Fables paniques, publiées dans le journal mexicain El Heraldo (de 1967 à 1973) et qui reste à ce jour les seules bandes dessinées dont il ait signé l’écriture et le dessin.
Pour marquer les 90 ans de Jodorowsky, ce livre est un beau gâteau d’anniversaire.
(*)Ed. Les Humanoïdes Associés
