JOAQUIN PHŒNIX : QUEL CLOWN !

JOKER, de Todd Phillips – 2h02

Avec Joaquin Phœnix, Robert De Niro, Zazie Beetz

Sortie : mercredi 9 octobre 2019

Mon avis : 4 sur 5

Le pitch ?

Constamment seul parmi la foule, Arthur Fleck voudrait aller vers les autres. Pourtant, tandis qu’il arpente les rues sales de Gotham City et emprunte les rames de métro couvertes de graffiti, dans une ville où monte une colère de plus en plus palpable, Arthur porte deux masques. C’est lui qui peint le premier pour son boulot de clown publicitaire.Mais il ne peut jamais ôter le second : c’est le visage qu’il présente aux autres dans sa tentative futile d’appartenir au monde qui l’entoure – loin de l’homme incompris systématiquement malmené.

3 raisons d’aller voir ce film ?

Un scénario sortant de l’ordinaire. Ce film  relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique de l’ennemi juré de Batman. Pour ce faire, Tod Phillips et son équipe se sont inspirés du tueur en série John Wayne Gacy qui se déguisait en Pogo le clown pour amuser les enfants dans les hôpitaux et fut ainsi surnommé « le clown tueur. »  Loin des bandes dessinées et du Joker qui a surgi au cinéma, le réalisateur plonge son anti-héros dans une ville déglinguée où la révolte passe par les masques de clown et conduit à des accès de violence qui fait trembler la bourse et rend les rues dangereuses.

Au fil des séquences, cette violence finit par prendre le dessus et, bien malgré lui, Arthur Fleck devient le porte-parole des perdants de la vie. C’est aussi une critique de la société du spectacle à travers le talk-show de Murray Franklin,  la star de la télévision campée avec délectation par Robert De Niro, d’un total cynisme et qui tente jusqu’au bout de maintenir le cap de son émission. Arrogant jusqu’au bout du prompteur.

Joaquin Phœnix, le clown du spectacle. On le savait comédien de haut vol. Amaigri de 25 kilos, le comédien réussit une métamorphose de plus dans la peau de cet être frappé de folie et qui conserve une espèce d’âme d’enfants qui se manifeste notamment par son rire, aussi éclatant qu’inquiétant. Un rire qui a demandé de longues semaines de travail à cet acteur connu pour son obsession méticuleuse dans la préparation d’un rôle. Il a même demandé à Todd Phillips de venir « auditionner » ce rire. Il souligne : « Je pensais que j’avais besoin d’être capable de le faire sur commande, devant quelqu’un d’autre. C’était très inconfortable. Ça m’a pris très longtemps. » Il s’est aussi inspiré des exemples de gens atteints de graves désordres neurologiques. Il ajoute : « J’ai regardé des vidéos de gens souffrant de rires pathologiques, un désordre neurologique qui provoque chez ces personnes un rire incontrôlable. » De séquence en séquence, alternant d’une violence soudaine à un abattement le plus profond, Joaquin Phœnix réussit une composition stupéfiante, taillée pour gagner les Oscars.

Une réalisation pleine de punch. En optant pour une version plus courte – à l’origine, le film durait 2h30 – Todd Phillips a sans doute rendu plus nerveux son récit qui est porté par une mise en scène aussi impeccable dans les scènes d’action – celle de l’émeute finale notamment – que dans les moments plus intimes (avec la mère du « héros ») où la silhouette inquiétante de Joaquin Phœnix prend une place toute particulière. Ainsi quand il se rend aux séances avec sa psy.

À Venise, ce film audacieux a remporte un Lion d’Or mérité, une récompense rare dans le genre super-héroïque. Entre cauchemar et réalité, ce drame ambigu joue, avec brio, sur bien des registres et ne peut que surprendre son monde.

 

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