C’est à un autre Brésil que celui de Jair Bolsonaro que nous plonge Bacurau, de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles sur les écrans le 25 septembre.
Le thème de Bacurau est rien moins qu’original. Dans un futur proche… Le village de Bacurau dans le sertão brésilien fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte. Le deux réalisateurs ont eu l’idée de décrire une catégorie méprisée de la population qui décide de se venger de ses oppresseurs. « Nous avons commencé à parler de l’idée d’un film qui se passerait dans un petit village isolé du Sertão, avec une seule rue, et des personnages non urbains et formidables », raconte Kleber Mendonça Filho. Il poursuit : « Puis sont arrivés les ovnis, l’idée que le village tire le meilleur parti de très peu de ressources, une atmosphère de western, une certaine douceur propre à cet endroit particulier, mais aussi de la violence graphique, et l’idée de tourner en format panoramique Panavision ».

En jouant sur l’ultramoderne et l’ancien, Bacurau plonge le spectateur dans le Nordeste brésilien, cette raison semi-aride, dont le nom symbolise une zone éloignée et inhabitée qui a offert un décor naturel à l’histoire, sans qu’il ne soit besoin de faire beaucoup de modifications l’image. « Aujourd’hui, on y trouve des vêtements et des technologies de masse chinois, des couleurs, une architecture et un accès à l’eau ou à l’internet qui font que cette région échappe à son image traditionnelle et aux clichés vehiculés par certains films et feuilletons télévisés. C’est très agréable de pouvoir montrer cette version moderne du Nordeste » ajoute Kleber Mendonça Filho.

En portugais, Bacurau est le nom d’engoulevent, un oiseau nocturne qui se camoufle mal quand il se repose sur une branche d’arbre. Pour Juliano Dornelles, il y a des similitudes entre cet oiseau et ce village perdu : « Il ne sera remarqué que s’il a lui-même envie d’apparaître. Le village de Bacurau se porte ainsi, il est intime du noir, il sait se cacher et attendre, et préfère même ne pas être aperçu ».
Jouant sur le mélange des genres, Bacurau offre un thriller politique baroque en forme de western dans la lignée du film de cangaço, ce genre si brésilien lié au mythe du banditisme dans le Nordeste de la fin du XIXe siècle et début du XXe. Un film qui a reçu le prix du Jury au dernier Festival de Cannes.
