TU MÉRITES L’AMOUR, de Hafsia Herzi – 1h39
Avec Hafsia Herzi, Djanis Bouzyani, Jérémie Laheurte, Anthony Bajon
Sortie : mercredi 11 septembre 2019
Mon avis : 2 sur 5
Le pitch ?
Suite à l’infidélité de Rémi, Lila qui l’aimait plus que tout vit difficilement la rupture. Un jour, il lui annonce qu’il part seul en Bolivie pour se retrouver face à lui-même et essayer de comprendre ses erreurs. Là-bas, il lui laisse entendre que leur histoire n’est pas finie… Entre discussions, réconforts et encouragement à la folie amoureuse, Lila s’égare…
Et alors ?
Pour son premier long métrage, Hafsia Herzi a choisi un thème universel, mais vu sous l’angle pas si courant que cela du désir féminin : la mort d’une histoire d’amour. Elle souligne : « Tout le monde connaît cela. Je raconte l’histoire d’une fille qui essaye de comprendre ce qui lui arrive alors qu’il n’y a rien à comprendre. Après une séparation, il y a le déni, l’espoir, la jalousie, la colère… La perte de contrôle, surtout. Lila fait des choses inexplicables. Parce que la perdition peut amener à la folie. Quels que soient les conseils de son entourage, rien n’y fait. Elle n’écoute pas. Ça ne rentre pas. Le cœur reste hermétique. »
Devant et derrière la caméra dans un film auto-produit à très peu de frais, Hafsia Herzi se situe dans la lignée d’un Kechiche – c’est lui qui l’a révélée au grand public dans La Graine et le Mulet en 2007, on s’en souvient- dans la volonté de traiter un tel sujet avec un grand réalisme, en captant la moindre des émotions qui s’expriment dans le visages cadrés en gros plan et en optant pour des dialogues les plus directs. Car l’actrice-réalisatrice a peu laissé de place à l’improvisation comme elle le raconte: « Pour les dialogues, le fait qu’ils se répètent, qu’ils bafouillent, c’était un autre défi : que cela sonne si juste qu’on se demande si tout cela n’est pas improvisé. Que ce soit ultra réaliste. Que le film ait une allure documentaire, alors qu’il est en vérité très dirigé. »
Le résultat est très inégal avec des moments forts – la séquence du début où son personnage va débusquer Rémi chez sa nouvelle nana donne lieu à des échanges percutants dans la rue ou encore celle avec le guérisseur par exemple- et des moments plus mous où l’on a l’impression que l’histoire se répète. Et que le situations manquent de nerfs. Parfois même le dialogue semble un peu fade eu égard à la situation. Et puis, l’omniprésence du vieux copain homosexuel est un peu prévisible, comme une convention à l’air du temps, et ses apparitions sont parfois téléphonées dans l’histoire.
Même si Hafsia Herzi peut surprendre – avec la rencontre du couple libertin dans le sauna -cette chronique du deuil d’une histoire d’amour ne parvient pas à vraiment toucher son monde, même si tous les acteurs jouent à l’unisson et sont très crédibles dans les différents rôles. Il manque à ce premier film un supplément d’âme pour sortir la narration d’une certaine banalité et nous émouvoir de bout en bout. Et aussi une réalisation plus audacieuse pour défendre ce plaidoyer généreux pour une certaine « tolérance » à travers le récit du deuil d’une histoire d’amour.
