RÊVES DE JEUNESSE, de Alain Raoust – 1h32
Avec Salomé Richard, Yoann Zimmer, Estelle Meyer, Jacques Bonnaffé
Sortie : mercredi 31 juillet 2019
Mon avis : 3 sur 5
Le pitch ?
Salomé décroche un job d’été dans la déchetterie d’un village. Sous un soleil de western, dans ce lieu hors du monde, son adolescence rebelle la rattrape. De rencontres inattendues en chagrins partagés, surgit la promesse d’une vie nouvelle.
Et alors ?
Signant un film qui joue en permanence sur des ruptures de rythme, Alain Raoust signe une espèce de western moderne dans le sud de la France en suivant les pérégrinations d’une bande de jeunes, finalement unis dans le souvenir du grand absent, Mathis, mort lors d’un affrontement avec les CRS sur une ZAD et dont la voix continue à se propager par le truchement de bandes de magnétophones. Jouant à la fois sur un monde qui se délite – avec symboliquement ces voies de chemin de fer désertes où la déchetterie, symbole concret du trop plein de biens de consommation qui encombrent nos vies- et la « modernité » (si la télé-réalité symbolisée par Jessica en est une ?), cette comédie poétique donne à voir une société qui ne prévoit aucun avenir pour sa jeunesse.Commentaires de Alain Raoust : » Goethe disait qu’il fallait se méfier de ses rêves de jeunesse car ils finissaient toujours par se réaliser. Phrase étonnante car elle invite à se méfier. Je ne crois pas que les rêves de jeunesse soient voués à n’être qu’une phase de notre vie, à disparaître. Quand, enfant, on formule des choses, je crois que l’on est très fortement dans son propre devenir. »
Symboliquement, plusieurs séquences montrent ces jeunes en train de danser sur des rythmes électros. Sur les restes d’un monde perdu ? En tout cas, une chose est sûre : malgré les aléas de la vie, les boulots sans lendemain, il y a une volonté chez Salomé et ses proches de faire bouger les lignes, même à leur petit niveau.
Indéniablement, et malgré quelques longueurs et un côté parfois décousu, le film repose sur la présence des acteurs : Salomé Richard en premier lieu qui est capable d’exprimer une infinie palette d’émotions avec le minimum de mots et de geste. Quant à Estelle Meyer, avec son franc parler, voire sa vulgarité au début de l’histoire, elle symbolise bien l’irruption de cette modernité violente, déshumanisée. Quant à Jacques Bonnaffé, dont chaque apparition est toujours un petit régal, il montre comment les adultes peuvent plonger rapidement dans la déprime et la solitude quand ils sont rejetés par le tissus social.
Derrière la fable poétique et politique, se dégage un regard concerné et engagé sur la société actuelle. Avec une petite musique qui pourrait faire résonance avec la récente actualité des Gilets Jaunes. Comme si le feu ne cessait, encore et toujours, de couver…

