CONTRE TON CŒUR, de Teresa Villaverde – 2h16
Avec João Pedro Vaz, Beatriz Batarda, Alice Albergaria Borges
Sortie : mercredi 19 juin 2019
Mon avis : 4 sur 5
Le pitch ?
Au Portugal, le quotidien d’une famille est bouleversé : le père se retrouve au chômage et la mère doit alors cumuler deux emplois. Mais leur fille est bien décidée à ne pas se laisser abattre et à continuer à vivre sa vie d’adolescente. Une distance trouble s’installe entre eux : le début d’une lente implosion, chacun cherchant à s’adapter à sa façon à cette situation nouvelle.
La réussite de Teresa Villaverde dans cette histoire, c’est de nous faire ressentir, à travers les yeux des trois personnages personnages principaux de la famille, comment le chômage du père créé progressivement une atmosphère étouffante dans leurs relations. Elle souligne : « Je crois que la période actuelle nous oblige à vivre dans un silence étouffant, rempli d’attentes étouffantes oppressantes – parler de ce film impose d’aborder des sujets politiques. Et si je parle de silence « étouffant », c’est parce que j’imagine le futur comme un espace blanc, flou, sans couleur, un immense brouillard sans vie. »
Derrière le message politique implicite – le film est aussi la description d’une société en crise profonde à l’heure de la mondialisation – Teresa Villaverde décrit un combat pour la dignité : celle du père qui tente de faire bonne figure; celle de la mère qui fait tout pour assurer le quotidien, ne courbe jamais l’échine même quand elle doit vivre sans électricité ou encore celle de leur fille adolescente qui tente de faire comme si, malgré ses accents de révolte.
Derrière la carte postale d’un Portugal touristique, Teresa Villaverde décrit aussi comment la perte d’un job dans un pays très patriarcal bouleverse tout. L’astuce aussi, c’est de débuter le film quand la situation est déjà fissurée. Le père – très justement incarné par João Pedro Vaz- traine son désœuvrement de l’appartement au toit de l’immeuble où il finit par terminer un sandwich laissé par des adolescents. Sa seule chance de survie est de devenir un père de substitution de l’amie de sa fille.
Quant à la mère, elle porte sa croix jusqu’au moment où elle doit trancher dans le vif pour tenter de survivre. Beatriz Batarda est d’une implacable justesse dans son jeu, pouvant passer de la douceur à un vrai éclat de colère. Quant à Alice Albergaria Borges, on est surpris par la manière très mature que la jeune comédienne a de composer son rôle et de camper cette adolescente dépassée par cette crise de famille et qui entretient une relation fusionnelle avec un oiseau.
N’offrant pas de réponses toutes faites à ce drame de la vie quotidienne – on ne sait rien de la suite de la vie du père et de l’amie de sa fille – Contre ton cœur exprime des sentiments profonds sans jamais céder au moindre pathos. La sortie de ce beau film est doublé au Centre Pompidou à Paris d’une rétrospective de l’œuvre de Teresa Villaverde du 14 juin au 1er juillet.

