REPRISE
LE PROFESSEUR, de Valerio Zurlini – 2h12
Avec Alain Delon, Lea Massari, Sonia Petrova
Sortie : mercredi 12 juin 2019
Mon avis : 4 sur 5
Le pitch ?
Daniele, un professeur de littérature remplaçant est nommé pour quelques mois dans un lycée de Rimini. Passionné de lettres mais peu soucieux des convenances de sa profession, il s’adonne à sa tâche sans grand entrain. Il remarque vite Vanina, l’une de ses élèves, aussi fragile qu’attirante, et décèle en elle une blessure secrète. Intrigué et séduit par la jeune femme, Daniele délaisse sa femme Monica, se précipitant sans le savoir vers un destin tragique…
Ce qui touche toujours dans ce film ?
Marquant les retrouvailles d’Alain Delon et Lea Massari (ils avaient tourné ensemble en 1964 dans L’Insoumis), Le Professeur devait, au départ, offrir le rôle principal à Marcello Mastroianni. Comme il était indisponible, le cinéaste contacta alors Alain Delon qui, enthousiaste, décida de coproduire le film. Pourtant les deux hommes connurent des relations tendues et le cinéaste ira même accuser Delon d’avoir coupé le film de vingt minutes et de l’avoir rebaptisé d’un titre banal pour la version française.
C’est donc tout l’intérêt de redécouvrir cette histoire sombre dans sa version originale et, qui plus est, restaurée avec minutie. Car Valerio Zurlini y signe l’histoire d’une crise existentielle dans un scénario sombre sur une histoire d’amour impossible. Très bien filmées, les scènes de sexe sont toujours montrées avec une grande violence des rapports comme si le plaisir ne pouvait que faire mal. Connue pour avoir tourné la même année le rôle de la princese Sofia dans Ludwig, de Luchino Visconti, Sonia Petrovna promène sa sensualité mystérieuse tout au long de ce film où les hommes se déchirent pour elle.
Quant à Alain Delon, il joue remarquablement ce professeur cynique et froid, mais qui tombe éperdument amoureux de cette étrange jeune femme brune. IL est bien entouré par une brochette d’acteurs italiens au meilleur de leur jeu (de Renato Salvatori, étonnant de vulgarité, Giancarlo Giannini). Quant à Lea Massari, elle campe à merveille la compagne du professeur délaissée – il passe le plus clair de son temps à jouer au poker pour se refaire – mais qui continue de tout faire pour ne pas le perdre.
Là où le film dans sa version longue est tout à fait étonnant, c’est dans la manière dont Valerio Zurlini filme les paysages lugubres de Rimini en hiver avec ces plages battues par les vagues et sa banlieue grise. Ou comment il sait installer un climat dans les plans larges soutenus par la belle musique originale et les éclats de cuivre imaginée par Mario Nascimbene.
Récit d’une passion morbide, filmé dans une atmosphère de profonde mélancolie, ce Professeur est un film marquant de la carrière de Zurlini – tôt emporté à 56 ans en 1982 – et dont le titre italien était Prima notte di quiete, une formule inspirée de Goethe : « Pourquoi la mort est la première nuit de sérénité ? Parce qu’on dort enfin sans rêver. »
