THE REPORTS (on Sarah & Saleem), de Muayad Alayan – 2h12
Avec Adeeb Safadi, Maisa Abd Elhadi, Sivane Kretchner
Sortie : mercredi 8 mai 2019
Mon avis : 4 sur 5
Le pitch ?
Sur fond de conflit politique, une jeune israélienne, Sarah, et un jeune palestinien Saleem, s’éprennent l’un de l’autre. Leur aventure déclenche un jeu dangereux de duperie entre ceux qui détiennent le pouvoir et ceux qui ne le détiennent pas.
2 raisons d’y aller ?
Le portrait d’un amour impossible. Pour son deuxième long métrage, Muayad Alayan – réalisateur, producteur et directeur de la photographie établi à Jérusalem- s’est inspiré d’une histoire vraie pour décrire la lente descente aux enfants d’un couple adultérin dont la principale faute n’est sans doute pas d’avoir trompé son conjoint, mais de l’avoir fait avec un ennemi politique : elle est israélienne et marié avec un gradé de l’armée quand lui est un petit employé palestinien
qui faisait des livraisons dans son bar.
Pour nourrir son scénario, le cinéaste s’est souvenu des scènes qu’ils avaient vues plus jeune. Il témoigne : « Quand j’avais environ 16 ans, on ne trouvait des petits boulots que dans la partie occidentale de la ville de Jérusalem. La plupart des jobs disponibles pour les jeunes Palestiniens touchent à des métiers de services dans les hôtels ou dans les boulangeries par exemple. À cette époque, j’avais commencé à travailler dans un café et c’était la première fois que je me confrontais vraiment à la société israélienne. Car quand on vit dans la partie Est de la ville, on ne connaît les Israéliens qu’au travers leur présence militaire ou policière. Dans ce café fréquenté par des citoyens ordinaires, j’ai vu des Palestiniens entretenir des liaisons avec des Israéliens. Pas forcément dans le cadre de relations extra-conjugales, comme dans mon film. Ces histoires étaient clandestines et certains de mes collègues entretenaient ce genre de relations secrètes. Les personnes au courant avaient le sentiment que ces couples jouaient vraiment avec le feu, surtout les Palestiniens. »
Une simple dispute avec un Palestinien qui drague Sarah dans un bar de Belhéem suffit à plonger le couple dans un cauchemar où la politique et les conflits permanents viennent rendre dramatique la crise conjugale. Et conduit les deux amoureux de locaux de police en locaux des services de renseignement, en passant pour lui par la case prison. Avec, en toile de fond, le bruit permanent des armes et la présence de ce mur qui coupe le pays en deux.
Une mise en scène légère et un casting parfait. Jouant sur un flash forward, Muayad Alayan montre symboliquement comment le genre d’arrestation dont est victime Saleem, est chose banale
dans l’Israël d’aujourd’hui. Il raconte : « Ce type d’incident est devenu banal et ne fait même plus l’objet d’une couverture médiatique. J’ai d’ailleurs moi- même été arrêté pendant le tournage. Cette scène d’ouverture montre un quotidien que les gens connaissent bien ici. Elle sert d’accroche pour montrer la difficulté de vivre dans cette région. »
Personnage central du film, Jérusalem sert de cadre aux errances de Sarah et Saleem qui vivent l’adultère à la sauvette dans la camionnette du livreur sur des parkings déserts et en se cachant des yeux de tous. Pour faire ressentir de l’émotion, il fallait des acteurs capables de jouer sur bien des registres. Avec Adeeb Safadi et Sivane Kretchner, le cinéaste a fait le bon choix tant ces deux comédiens parviennent à exprimer aussi bien un amour fou que les doutes, la souffrance… Et dans les relations avec l’épouse (Maisa Abd Elhadi) de Saleem, Sivane Kretchner fait partager ce qui peut unir ces deux rivales qui s’unissent pour défendre le même homme.
C’est subtil, filmé avec grâce et cette histoire d’un amour impossible entre deux communautés est magnifique.
