FUGUE, de Agnieszka Smoczynska – 1h40
Avec Gabriela Muskala, Lukasz Simlat
Sortie : mercredi 8 mai 2019
Mon avis : 4 sur 5
Le pitch ?
Alicja a perdu la mémoire et ignore comment elle en est arrivée là. En deux années, elle parvient à se reconstruire et ne souhaite plus se remémorer le passé. Quand sa famille la retrouve enfin, elle est contrainte d’endosser les rôles de mère, de femme et de fille auprès de parfaits inconnus. Comment réapprendre à aimer ceux que l’on a oubliés.
Et alors ?
Dès la première séquence où l’on suit Alicja qui erre dans le métro et affiche un comportement plutôt déroutant, on est cueilli à l’estomac et on attend la suite. Agnieszka Smoczynska montre un métier certain dans son second long métrage où, petit à petit, elle va dévoiler le secret -lourd- qui pèse sur ce couple, tout en multipliant les pistes diverses. Et le personnage d’Alicja symbolise toute la révolte féministe dans un pays comme la Pologne dont les dirigeants sont aujourd’hui devenus si rétrogrades. La réalisatrice confirme : « En Pologne, on a cet archétype de la « mère polonaise ». Elle doit se dévouer corps et âme à son foyer. Une mère se définit par la maternité en Pologne. Vous n’êtes pas complètement une épouse si vous n’êtes pas une mère. Il m’importait de montrer qu’on n’est pas définie en tant que femme que par la famille ou par le rôle que l’on nous assigne la société. »
La force du film repose en grande partie sur les épaules de Gabriela Muskala qui parvient à jouer de son corps et de sa nudité sans jamais lui donner une dimension érotique. C’est un élément du langage corporel comme un autre et la comédienne est toujours d’une parfaite justesse dans les scènes sans jamais forcer le trait ni avoir une once de vulgarité.
Le dernier atout – et non des moindres – de ce film, c’est sa réalisation soignée et cette lumière expressionniste dans laquelle baigne toute l’histoire à laquelle elle confère une vraie mélancolie. Le décor de la maison et de la ville de Wroclaw qui présente une symétrie harmonieuse est aussi très bien mis à profit. Commentaires de Agnieszka Smoczynska : « Nous avons filmé dans un coin très particulier de la ville et bien que la maison soit agréable, nous voulions accentuer le fait qu’elle ne correspond plus au monde d’Alicja. »
Quand la mémoire revient à la jeune femme, qu’elle comprend pourquoi elle est revenue du pays des morts, avec ces retours oniriques dans le passé, le spectateur découvre soudain le pourquoi du drame. Plongée dans les tréfonds de l’âme humaine, Fugue est un film ambitieux, aussi émouvant que réussi.

