LA MADONNE DES GARS PERDUS

JESSICA FOREVER, de Jonathan Vinel, Caroline Poggi – 1h37

Avec Aomi Muyock, Sebastian Urzendo

Sortie : mercredi 1er mai 2019

Mon avis : 3 sur 5

Le pitch ?

Jessica est une reine mais elle pourrait aussi bien être un chevalier, une mère, une magicienne, une déesse ou une star. Jessica, c’est surtout celle qui a sauvé tous ces enfants perdus, ces garçons solitaires, orphelins et persécutés qui n’ont jamais connu l’amour et qui sont devenus des monstres. Ensemble, ils forment une famille et cherchent à créer un monde dans lequel ils auront le droit de rester vivants.

Et alors ?

Indéniablement, ce film se situe dans la vogue d’un nouveau cinéma français, nourri de contre culture, de séries Z et de jeux-vidéo. Avec, au cœur de l’histoire, le thème de la violence qui surgit en apparence gratuitement, banalement. Caroline Poggi raconte : « Dans tous nos films, nous cherchons à nous pencher sur des éléments condamnés d’emblée (par exemple, la pornographie dans Notre héritage), et d’en faire autre chose, de les regarder autrement, de nous faire réfléchir sur eux. De chercher : « Comment on grandit avec ça ? Est-ce qu’on peut y échapper ? Est-ce qu’on a le droit à la rédemption ? »

En contant l’errance d’un groupe d’hommes, les Orphelins, dirigé par l’étrange Jessica  à la recherche d’une maison  pour vivre dans une ville désincarnée – entre résidences pour vieux et banlieue sans âme – le duo de réalisateurs nous fait vivre le quotidien d’une famille recomposée où le partage de la violence tient lieu de lien social. Les racines du mal n’étant pas définies mais, pour quelques personnages au moins, suggérées.

Dans cette famille, les membres recréent des cérémoniaux comme celui de cadeaux – insolites en diable, telles cette moto posée dans une couette -remis par Jessica. L’objet cinématographique est si particulier qu’il peut en dérouter plus d’un tant il n’y a pas de vrais liens logiques dans ce récit qui procède par tableau, par émotions visuelles (avec par exemple l’irruption des drones, tels des abeilles tueuses).

Et pourtant, s’en dégage une vraie atmosphère de fin du monde, de fin des valeurs avec cette bande d’adolescents qui ne franchissent pas le cap de l’âge adulte. Symboliquement, le vol des drones fait peser sur leur minuscule existence un danger quasi permanent…

Au cœur de l’histoire, il y a la présence magnétique de Aomi Muyock, dont le regard bleu vous transperce et qui dégage une aura de sensualité trouble dans les jeux quotidiens de cette bande de gars perdus. Un monde virtuel où la vie semble un grand jeu : de la cérémonie des adieux à la quête d’un ravitaillement pour tous. Pas toujours convaincant avec un scénario un rien léger mais assurément original et mis en scène avec une certaine ferveur : cet étrange film sort des sentiers battus.

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