LES OISEAUX DE PASSAGE, de Ciro Guerra et Cristina Gallego – 2h00
Avec Carmiña Martinez, José Acosta, Jhon Narváez
Sortie : mercredi 10 avril 2019
Mon avis : 4 sur 5
Le pitch ?
Dans les années 1970, en Colombie, une famille d’indigènes Wayuu se retrouve au cœur de la vente florissante de marijuana à la jeunesse américaine. Quand l’honneur des familles tente de résister à l’avidité des hommes, la guerre des clans devient inévitable et met en péril leurs vies, leur culture et leurs traditions ancestrales. C’est la naissance des cartels de la drogue.
2 raisons d’y aller ?
Un film noir et conte cruel. En s’attaquant au film de genre, Ciro Guerra et Cristina Gallego signe un film de gangster qui a été inspiré par des évènements réels survenus en Colombie dans les années 70-80 sur fond d’exportation de cannabis vers les États-Unis. À travers la lutte d’une rare violence entre deux clans indigènes, il montre tous les codes qui structurent ce monde bis, où le rôle du « palabrero », le message, correspond à une fonction bien établie. Christina Gallego souligne : « La culture que nous décrivons dans les films, les « wayuu » a des codes qui ne sont pas très éloignés de ceux des gangsters. Il existe un personnage, le « palabrero », avec un rôle similaire de celui du « consigliere » dans la mafia. C’est un genre qui plaît beaucoup autour du monde, mais que notre cinéma s’est souvent interdit. En Colombie, on a du mal à s’en emparer à cause des ravages de notre histoire récente. »
Mélange de rites ancestraux – le passage de l’adolescence de la jeune fille à l’âge adulte qui ouvre le film est d’une rare beauté – et de violences modernes, dans le décor kitsch en diable de la maison du narco, Les Oiseaux de passage nous plonge dans cet univers où l’honneur le plus primitif le dispute à la tradition et à une violence à fleur de peau.Une réalisation qui se joue des codes. Jouant sur plusieurs genres – de la tragédie grecque au western en passant par le conte latino – Ciro Guerra et Cristina Gallego signent une réalisation qui a une vraie majesté, passant parfois d’une séquence à l’autre d’un western spaghetti à un film de mafieux avec, par exemple, la scène de la fête alcoolisée ou celle de la réception par les aviateurs américains de la dope et qui se termine par un bain de sang surréaliste à la Tarentino.
Quant aux paysages arides et sauvages de la Guajira colombienne, ils offrent un écrin particulièrement adapté à ce western colombien qui fait aussi référence à l’univers d’un Garcia Marquez. « Nous avons été confrontés à de vraies intempéries, à une tempête de sable et un orage monumental, le plus important depuis six ans, qui a totalement détruit deux de nos plateaux de tournage. C’est un film où l’on a dû se battre pour chaque plan » souligne Ciro Guerra.
Le combat s’est avéré, au vue du résultat final, très positif. En prime, le casting du plus important au plus petit des rôles ne souffre d’aucun faux pas. Une vraie réussite et une mise en scène qui a un vrai souffle. Le Festival international du film policier de Beaune d’ailleurs distingé ce film du Prix spécial police.



