En 80 minutes, Nanni Moretti signe un inattendu documentaire avec Santiago-Italia, qui sort le 27 février, un documentaire qui revient sur un point de détail « oublié », lors du coup d’état au Chili qui allait conduire à la dictature de Pinochet.
Quatre ans après avoir retrouvé la compétition officielle cannoise avec Mia Madre, Nanni Moretti s’est lancé dans son premier documentaire. Santiago-Italia évoque une page oubliée de l’histoire
italienne, d’autant plus symbolique en ces temps où le populisme le plus inquiétant domine dans la péninsule italienne. Le pitch ? Après le coup d’État militaire du général Pinochet de septembre 1973, l’ambassade d’Italie à Santiago (Chili) a accueilli des centaines de demandeurs d’asile. À travers des témoignages, le documentaire de Nanni Moretti raconte cette période durant laquelle de nombreuses vies ont pu être sauvées grâce à quelques diplomates italiens qui ont pris quelques initiatives.
Le cinéaste a eu l’idée de ce film après avoir croisé l’ambassadeur italien lors d’une conférence qu’il donnait à Santiago du Chili. Il raconte : « J’ai découvert une belle histoire italienne d’accueil et de courage, un exemple de la façon dont les individus peuvent faire la différence. C’était une histoire de ma jeunesse, alors j’ai repensé à l’importance qu’avait eu à cette époque l’expérience chilienne, la figure du président Allende et ensuite le bouleversement du coup d’État. C’est ainsi que je me suis mis à travailler : quarante heures d’entretiens, non seulement pour parler du Chili mais aussi de l’Italie d’alors, du pays qui a le plus aidé ».
Un coup d’état qui reste un traumatisme pour la génération de Nanni Moretti comme il le confirme : « Il y avait une symétrie entre les deux pays : Démocratie chrétienne, Parti socialiste, Parti communiste, conseils ouvriers, gauche socialiste, gauche révolutionnaire (au Chili elle l’était vraiment). Il y a eu une identification immédiate avec ce qui s’était passé pour la gauche chilienne, pour ce coup d’État qui a marqué vraiment beaucoup d’entre nous. C’était la fin d’un rêve : la gauche était allée au gouvernement pour la première fois par des élections libres, pas avec les armes… »
À une époque de repli sur soi, ce documentaire montre aussi, à travers images d’archives et entretiens inédits, comment les exilés politiques chiliens Chiliens ont été accueillis avec générosité. Que ce soit pour travailler dans les champs en Émilie ou en usine à Milan, pour suivre les cours d’italien ou assister à des soirées de musique andine pour vaincre la nostalgie… « Au montage, je me suis rendu compte que, sans que je l’aie programmé, le film commence en parlant du Chili d’autrefois et finit en parlant, involontairement mais pas par hasard, de l’Italie d’aujourd’hui », ajoute le cinéaste qui, malgré les désillusions actuelles, n’a pas perdu son sens du combat…
