ALLO MAMAN, BOBO !

MOI, MAMAN, MA MÈRE ET MOI, de Christophe Le Masne – 1h27

Avec Grégory Montel, Olivia Côte, Philippe Rebbot, Lolita Chammah

Sortie : mercredi 12 février 2019

Mon avis : 3 sur 5

Le pitch ?

Benoît a loupé l’enterrement de Maman. Il était coincé dans l’Eurostar. À contretemps comme toujours, et un peu piteux, il rejoint la maison familiale pour y retrouver son frère, ses deux sœurs… et dans un joyeux bazar, beaucoup de souvenirs. Là, au milieu des vestiges de son enfance, dans l’intimité de sa chambre, il la voit… Elle l’attend!

Ce qui touche dans ce film ?

Après avoir fourbi son métier de comédien pendant quinze ans à la télévision comme au cinéma, avoir tâté de celui de clown avec le cirque Archaos, Christophe Le Masne est passé de l’autre côté de la caméra au début des années 2000 avec des films comme Les Inévitables et Naturellement dans lesquels il jouait Benoît, son personnage fétiche.

Avec ce long métrage, il plonge son personnage – expatrié à Londres, notre Benoît revient rarement en France – dans une crise familiale, alors qu’il revient dans la vieille maison de sa mère, récemment décédée. Une grande bâtisse perdue dans la campagne et où s’entassent les souvenirs de toute une vie. Très vite, on comprend qu’entre une sœur hyperactive et dévouée, l’autre qui se bat pour lutter contre l’alcoolisme et un frère qui, en pleine déroute financière, voudrait vendre la maison familiale et Benoît, l’atmosphère peut s’avérer lourde.

L’astuce de Christophe Le Masne est de maintenir toujours son histoire sur le fil du rasoir : ni tragédie familiale, ni grosse comédie pour ados. Ainsi, les hallucinations de Benoît sont prétexte à bien des moments surréalistes quand il est le seul persuadé que sa mère revient lui parler et lui dire des secrets. Ou qu’il avoue sa phobie pour les vaches qui lui font une peur panique.

Lunaire à souhait, nerveux (sa soudaine maladie de peau n’en est qu’un signe de plus), Benoît semble hanté par les moments qu’il n’a pas passé durant les dernières années avec sa mère et, symboliquement comme pratiquement, il essaie de reconstituer le puzzle de sa vie passée. Christophe Le Masne justifie ainsi sa démarche : « Pour moi, la comédie, c’est d’abord un regard, avant tout un ton, une manière de voir : je n’ai pas la volonté de choisir un thème a priori « comique », au sens efficace du terme, il n’y a pas de « sujets de comédie ». Il ne s’agit pas de faire rire tout de suite, et à tout prix, mais plutôt de laisser gagner la fantaisie, à son rythme, en invitant le spectateur à partager un regard à la fois attendri et un peu caustique aussi, jamais méprisant même s’il ne se prive pas de pointer la cruauté et l’injustice des situations, forcément arbitraire. Et la situation, les situations, qui permettent aux personnages de se révéler, sont à la source du rire. »

Malgré quelques invraisemblances de l’histoire, quelques redondances, le film tient sur un bon rythme, sans doute aussi parce que le casting est très équilibré. Grégory Montel campe un personnage lunaire à souhait dont le comportement semble toujours en décalé face à la réalité. Philippe Rebbot joue avec délice le frère bougon et stressé qui veut accélérer le cours des choses quand Olivia Côte masque ses blessures intimes derrière un sourire de circonstances, jusqu’à ce qu’elle éclat. Quant à Lolita Chammah, son personnage est au cœur d’un secret de famille dont il faut bien à un instant percer l’abcès.

C’est une histoire sensible et pleine d’humour qui a de quoi « parler » à un large public.

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