L’ILLUSION VERTE, de Werner Boote – 1h37
Documentaire avec la voix de Manu Payet
Sortie : mercredi 12 février 2019
Mon avis : 3 sur 5
Le pitch ?
Aujourd’hui, les industriels investissent beaucoup de temps et d’argent à « verdir » leur image : voitures électriques, huile de palme labellisée bio, ou encore produits issus du commerce équitable… tout est fait pour nous déculpabiliser et expliquer que nous pourrions sauver le monde en consommant ces produits. Une pratique dangereusement populaire nommée greenwashing ou éco-blanchiment. Mais si à défaut de sauver le monde, ces achats responsables ne faisaient qu’enrichir les multinationales ? Werner Boote et Kathrin Hartmann parcourent le monde pour révéler l’envers du décor.
Wernet Boote et Kathrin Harmann (ci-contre) forment un duo très complémentaire dans ce voyage au cœur des produits qui seraient bios. Et ce, d’autant plus que Kathrin Harmann cache, derrière un sourire enjôleur, une main de fer et qu’elle a une connaissance solide des dossiers. De l’Autriche natale de Wernet Boote à l’Indonésie en passant par l’Amérique du sud, les deux auteurs nous racontent des histoires qui font froid dans le dos. Notamment en Indonésie où, guidés par un militant écologiste qui fit avoir peur parfois pour sa vie, ils découvrent – et nous avec – comment quand on consomme un banal M & M’s, Makin Group, l’un des géants de l’huile de palme en Indonésie, a massacré des pans entiers de paysage pour le produire. Il a notamment incendié des hectares entiers de forêt primaire pour planter à la place des rangées de palmier, tuant des milliers d’animaux et créant des fumées toxiques : elles ont provoqué l’intoxication de 120 000 personnes.Derrière des déclarations très médiatiques de patrons prétendant défendre l’économie durable, il y a une réalité plus sournoise : celle de la rentabilité pour les actionnaires. Sur la côte mexicaine, le patron d’une grande entreprise de pêche décrit ainsi les mensonges de géant du pétrole BP qui, suite à l’incendie de la plate-forme Deepwater Horizon en 2010 a eu un impact environnemental terrible quand Tony Hayward, son directeur général prétendait à l’époque qu’il était « très, très, très modeste. » Bref, une vraie fumisterie médiatique quand on découvre comment les crevettes pêchées aujourd’hui présentent encore des résidus de pétrole.
Assurant les commentaires du film, Manu Payet avoue sa surprise et déclare : « En visionnant ce film, j’ai compris qu’il n’y aura pas un groupe de mecs qui se réveillera demain pour dire : C’est bon les gars on gère. Il n’existe pas de Superman de l’écologie, bien au contraire… Et le changement passera forcément par nous, les citoyens, les consommateurs quotidiens. »
Si les réactions individuelles sont importantes, on mesure, grâce à ce documentaire, l’importance choix politiques clairs car ces multinationales ont largement les moyens de mener la vie dure aux hommes politiques. Un doc aussi éclairant qu’inquiétant.

