Sur les écrans le 6 février, le nouveau film de Yorgos Lanthimos, La Favorite, est un des grands favoris de la course aux Oscars avec dix nominations. Dans ce film en costumes, le réalisateur, déjà souvent primé dans les festivals, décrit une guerre des sexes dans l’Angleterre du XVIIIème siècle.
La Favorite a déjà valu un prix d’interprétation féminine à la Mostra de Venise à Olivia Colman qui a récemment récidivé avec un Golden Globe de la meilleure actrice. Et les dix nominations pour la soirée des Oscars pourraient bien gonfler le palmarès d’un cinéaste qui a déjà reçu celui du meilleur film en langue étrangère en 2011 (et prix Un Certain Regard à Cannes) pour Canine. Entre autres. Avec La Favorite, Yorgos Lanthimos s’est attaqué à un projet d’envergure et qui fait toujours peur aux producteurs : un film d’époque, dit en costumes. « J’ai vite compris que je devais limiter les dépenses si je voulais garder le contrôle créatif », dit le cinéaste qui a souvent joué avec les codes du thriller.
Le sujet de La Favorite mêle guerre des sexes et ambitions politiques. Nous sommes au début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. De santé fragile et au caractère instable, la reine Anne est sur le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.
Film en costumes n’est pas synonyme de film guindé : Yorgos Lanthimos et le dramaturge et scénariste australien Tony McNamara qui a mis remanié la version première de l’histoire ont voulu glisser de l’irrévérence dans les attitudes des personnages. Commentaires de Tony McNamara : « Nous voulions montrer une sorte de cruauté ordinaire. La société était très rigide à l’époque et on se retrouvait vite coincé dans un statut, alors pour s’en sortir, il restait à chacun sa propre capacité à influencer les autres afin de se frayer un chemin ». Les comédiens ont ainsi été encouragés à se détacher de la réalité historique et de leurs recherches pour livrer des performances plus contemporaines. Et il en fut de même pour les équipes chargées des décors, des costumes et des maquillages.
Sans donc coller à la vérité historique par le menu, La Favorite nous plonge dans une période moins « médiatique » de la vie royale anglaise. Le film évoque le destin de la reine Anne, dernière héritière de la lignée des Stuart. La souveraine un peu « oubliée » d’Angleterre, elle n’a laissé aucun héritier malgré ses dix-sept grossesses. Cet unique descendante protestante de la lignée des Stuart a accédé au trône alors que l’Angleterre traversait une période de mutations. La Favorite est enfin un film de femmes : si les deux partis formant la monarchie constitutionnelle sont composés uniquement d’hommes, ce sont, en fait, ces dames qui tirent les ficelles du jeu et ont pris le contrôle. Yorgos Lanthimos souligne : « Je souhaitais placer les femmes au centre d’un conglomérat d’hommes qui ignorent comment gérer les affaires sérieuses. Les hommes ont beau les dépasser en nombre, ils ne les dépassent pas en esprit. »
A la manière d’un Stanley Kubrick dans Barry Lyndon, Yorgos Lanthimos a filmé, comme à son habitude, en se jouant des lumières naturelles. « Nous avons tourné les scènes de nuit à la chandelle. Cela permet de capter toute l’essence du film mettant en valeur les performances des acteurs et les mouvements de caméra, ce qui est primordial » dit-il.
Ces audaces seront-elles récompensées aux Oscars ? On le saura bientôt…
