UN BERGER ET DEUX PERCHÉS À L’ÉLYSÉE, de Pierre Carles et Philippe Lespinasse – 1h41
Documentaire
Sortie : mercredi 23 janvier 2019
Mon avis : 3 sur 5
Le pitch ?
L’ancien berger, Jean Lassalle, décide de se présenter à l’élection présidentielle. Ni une ni deux, Pierre Carles et Philippe Lespinasse, deux réalisateurs étiquetés de gauche, mais un peu perdus politiquement, décident de passer à l’action : ils se proclament ses conseillers de campagne, avec l’ambition secrète de révéler sa vraie nature, celle d’un révolutionnaire anticapitaliste, égaré au Modem depuis trente ans !
Et si Jean Lassalle, après tout, était un Correa à la sauce Béarnaise ? Contre toute attente, le montagnard se qualifie pour le premier tour ! Victoire ? Nos « spin doctors » pieds nickelés et leur champion ne sont pas au bout de leurs surprises…
2 raisons d’y aller ?
Le portrait d’un OVNI de la politique. Il l’a encore en novembre 2018 prouvé en affichant le fameux gilet jaune sur les bancs de l’Assemblée nationale : Jean Lassalle n’est pas un homme politique classique et cet ancien berger fait montre d’un naturel et d’un franc parler déroutants. Ainsi quand le duo des réalisateurs lui proposent une formation sur l’économie, le désormais candidat à la présidence de la République lance : « Le budget de la France, j’en sais rien. Et le PIB, je m’en fous ! »
On sent l’homme plus à l’aise quand il anime un banquet ou une réunion politique en région que
lorsqu’il arpente les plateaux télévisés, même s’il ne change pas un iota à sa manière d’être. On mesure le naturel du personnage quand, ayant rendez-vous avec Philippe Poutou à l’aéroport de Bordeaux, il lui parle sans le reconnaître avant de lui tomber dans les bras quand les réalisateurs lui expliquent son erreur…
L’homme est un tactile et l’ancien berger est aussi un maladroit comme le prouve le magnifique pansement qu’il arbore toute une partie du documentaire, ayant fait une erreur en manipulant la tronçonneuse. Le natif de Lourdios-Ichère, petit village des Pyrénées-Atlantiques dont il fut maire jusqu’en 2017, est vraiment un personnage de fiction, tant il a le verbe haut et l’allure altière. Une gueule de cinéma qui a su s’engager quand il le jugeait nécessaire, que ce soit lors de sa grève de la faim comme lors de sa tournée dans la France entière.
Le parcours de deux perdus de l’information. Avec une certaine franchise, Philippe Lespinasse et Pierre Carles, deux vieux routiers du journalisme, montrent bien comment ils ont été sensible au mirage de la politique jusqu’à imaginer que Jean Lassalle pourrait être un Rafael Correa (le président de l’Équateur) à la française. Ils servent même, avec une étonnante naïveté, d’intermédiaire pour le convaincre de participer à la campagne électorale du député du centre.
De fait, Jean Lassalle a cru un temps à son destin national et a convaincu le duo de réalisateurs qui devaient tourner ce film comme argument de campagne sorti avant le premier tour. Confidences de Pierre Carles : « C’était l’objectif du film qui raconte la rocambolesque épopée d’un berger qui aspirait à diriger le pays. Quand Jean Lassalle m’appelle et me propose de l’accompagner, il nous propose d’entrer de plain-pied dans une légende en train de s’élaborer. »
On les sent petit à petit perdre pied et se sentir perdu quand Jean Lassalle se montre moins réceptif à leurs idées qu’ils ne le pensaient. C’est son refus d’enregistrer un message d’erreur après son
retour d’un voyage en Syrie en janvier 2017 avec un député aussi peu recommandable que Thierry Mariani. C’est son nouveau refus -qui termine le film- de s’excuser après les accusations lancées à son encore d’un harcèlement sexuel en juillet de la même année. Clamant son innocence, droit comme un « I », le député refuse des excuses faites au nom de tous les hommes.
Ce sont les limites du champ d’action de deux journalistes aux convictions de gauche qui se sont pris quelques mois durant pour les conseillers en communication d’un candidat des plus originaux. Ce qui donne un indéniable sel à ce documentaire qui fait souvent sourire, tant ce Jean Lassalle est un bonhomme qui sort de l’ordinaire et parle sans filtre.
