LE TOUBIB DES BRISÉS DE LA VIE

COMME ELLE VIENT, de Swen de Pauw – 1h42

Documentaire

Sortie : mercredi 9 janvier 2019

Mon avis : 3 sur 5

Le pitch ?

A l’aube de la retraite,  Georges Federmann se confie. Dans un entretien enregistré à son domicile, face à la caméra 16mm, le psychiatre n’écoute plus : il parle, il pense. Il n’accompagne plus le patient, mais le spectateur, dans sa réflexion débordante. En racontant sa vie, ses passions, ses luttes et ses déceptions, il perpétue son combat humaniste pour ceux qui n’ont plus la force ou le verbe de le faire.

Et alors ?

En 2015, Swen de Pauw filmait le quotidien du psychiatre Yoram Federmann dans son cabinet avec ses patients et montrait comment le praticien parvenait à lier des liens avec des personnes dont certains venaient le consulter sans aucun rendez-vous. Une population que d’autres psychiatres refusaient de recevoir car trop associaux, trop pauvres, drogués… Avec Comme elle vient, le duo poursuite cette conversation d’une manière radicale : pendant 1h42, Yoram Federmann se confie face à la caméra, en plans plus ou moins larges, dans l’intimité… de sa cuisine avec, dans un coin, la trottinette d’un de ses derniers enfants.Il n’y a aucun effet dans la réalisation froide et plate qui privilégie le regard et le verbe du psychiatre dans une confession qui ne connaît que des ruptures techniques (changement de bobines, interrogations sur les questions à poser, envie de boire un coup…).

Ce n’est pas dans la mise en scène que réside l’originalité et la force du documentaire. Ce qui est fascinant c’est le bonhomme et ses engagements. Que ce soit avec les toxicos, les traumatisés de toutes les guerres – le médecin a notamment suivi les « malgré nous », ces Alsaciens enrôlés de force dans l’armée du Reich -et les sans-papiers, Yoram Federmann pose un regard critique sur l’idéologie ambiante, comme sur la manière de soigner en France. Dès le départ, il pose un argument de poids : « Comment un médecin gagnant 150.000 € par an voit-il un patient au RSA à 500 € mensuels ? »

À partir de ce constant, l’homme a choisi une autre manière d’aborder la médecine et le social, rendant au passage hommage aux généralistes qu’il estime mal payés, en comparaison des spécialistes, car ils sont en première ligne.

Tourné en une nuit de janvier, ce documentaire est porté par une énergie vitale et la force de conviction d’un homme qui a payé dans sa vie ce désir d’aider les brisés de la vie : sa première épouse a été tuée par un patient qui l’a également, à l’époque,  blessé. Pour autant, il ne renie rien de sa philosophie de vie et évoque aussi ce drame qui a « créé » six vies : les deux enfants qu’il a eus avec sa seconde épouse, et les quatre personnes que, par le don d’organes de son ancienne épouse, ils ont pu permettre de vivre. Conclusion de Swen de Pauw « Loin de toute forme de journalisme, à l’opposé d’un devoir d’objectivité ou de vérité, le film reprend les propos de Georges Federmann à l’état brut, avec son entrain, sa fougue sa mauvaise foi, ses redondances, ses grands écarts, et toutes les approximations liées au jeu de la mémoire. »

On peut être déçu par la forme du documentaire et se demander si le format n’était pas plutôt destiné au petit écran qu’au grand. Pour autant, le portrait et les propos de Yoram Federmann méritent toute notre attention. Et ne peuvent qu’inciter à la réflexion dans une époque où les idées reçues et les fausses certitudes abondent.

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