MEURTRES SUR LE BOSPHORE

QUI A TUÉ LADY WINSLEY ?, de Hiner Saleem – 1h30

Avec Mehmet Kurtulus, Ezgi Mola, Ahmet Uz

Sortie : mercredi 2 janvier 2019

Mon avis : 3 sur 5

Le pitch ?

Lady Winsley, une romancière américaine, est assassinée sur une petite île turque. Le célèbre inspecteur Fergan arrive d’Istanbul pour mener l’enquête.
Très vite, il doit faire face à des secrets bien gardés dans ce petit coin de pays où les tabous sont nombreux, les liens familiaux étroits, les traditions ancestrales et la diversité ethnique plus large que les esprits.

Trois raisons d’aller voir ce film ?

Une comédie politique et policière. Après le western original My Sweet Pepperland, Hiner Saleem joue ici avec les codes du polar en signant une histoire à l’esprit décalé dans l’esprit d’une Agatha Christie du Bosphore. Car l’homme est un conteur oriental qui manie l’absurde avec un sens consommé de la dérision.

Mais, là où le film montre l’originalité du cinéaste, c’est qu’il évoque l’épineuse question des Kurdes dans une histoire où l’humour est pourtant de règle. « Je voulais parler de la société turque et kurde d’aujourd’hui et des rapports entre les deux, sans être sentencieux sur le fond. C’est une histoire adressée à tout le monde, un sujet universel qui traite des rapports intemporels entre les hommes. L’humour, l’absurde et la folie accompagnent mes personnages, comme ils accompagnent chaque être humain qui veut vivre, ou qui tente de survivre » souligne Hiner Saleem. Partant de la simple analyse d’une de sang dans l’œil de la victime, l’enquête permet aussi bien d’étriller le code d’honneur des familles en Turquie que de montrer une police aux pratiques d’un autre temps.

Une mise en scène décalée pour un film féministe. Utilisant les gros plans pour faire des visages des caricatures, Hiner Saleem évoque aussi , tout au long de ce récit, la question de la place de la femme en Turquie et d’un adultère dans une société aussi conservatrice. De fait, il montre comment la femme infidèle est toujours montrée du doigt comme coupable de tout, ainsi que le montre l’interrogatoire que toutes les villageoises subissent de la part de leur mari. Commentaires du cinéaste : « Son infidélité peut même participer à construire et imposer sa virilité. C’est ici une des conséquences d’un système patriarcal qui est peu ou pas discuté. Pour autant, je ne voulais pas verser dans l’analyse sociologique. Les prismes du polar et de la comédie convenaient donc parfaitement à mes intentions premières. » Et, le choix d’une île, Büyükada offre un décor théâtral à souhait à cette enquête sur un meurtre venu d’un autre temps

Une distribution  solide et équilibrée. Porté par la présence du grand acteur turc Mehmet Kurtulus, le film repose sur un casting aussi solide qu’efficace. Jouant l’amoureuse du fringant inspecteur Fergan, Ezgi Mola apporte une touche de sensualité diffuse dans l’histoire avec, au final, sa belle apparition hollywoodienne dans sa robe rouge sur le quai d’où les voyageurs embarquent vers Istanbul. Le cinéaste commente : « C’était important pour moi que Mehmet Kurtuluş et Ezgi Mola se complètent à l’écran car leurs personnages sont paradoxalement très opposés. Fergan débarque d’Istanbul alors qu’Azra a toujours vécu sur l’île. Il incarne une Turquie moderne quand elle renvoie une image plus traditionaliste. Chacun représente un aspect de la société turque. Azra incarne aussi une partie de la nouvelle génération turque, plus progressiste. »

Comme ils sont bien entourés, l’énergie des comédiens apporte à cette comédie policière bien tournée un supplément d’âme. Sympa pour commencer l’année.

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