THE MUMBAI MURDERS, de Anurag Kashyap – 2h06
Avec Nawazuddin Siddiqui, Vicky Kaushal, Sobhita Dhupipala
Sortie : mercredi 21 novembre 2018
Mon avis : 4 sur 5
Le pitch ?
Mumbai (Bombay) Ramana tue, en série.
Raghavan, jeune policier n’a qu’une obsession, arrêter le criminel. La chasse est lancée. Mais les crimes ne cessent de se multiplier. Le destin de ces deux hommes semble être plus qu’à jamais lié.
Cinéaste du remarqué Gangs of Wasseypur, Anurag Kashyap est un cinéaste qui a du souffle et il le prouve, une fois de plus, avec The Mumbaï Murders, un film de serial killer en forme de labyrinthe qui s’inscrit dans la lignée du Silence des agneaux, tant Ramana est un tueur froid et cruel qui abat son monde comme il respire tout en ayant l’air du Péquin moyen. En fait, le réalisateur voulait signer à l’origine un biopic sur Raman Raghav, un serial killer connu pour avoir , dans les années 1960, assassiné une quarantaine de personnes à Bombay. Comme il n’a pas trouvé le budget ad hoc pour reconstituer la ville de ces années-là, il a modifié son scénario et confie : « J’ai utilisé ce fait divers pour l’inscrire dans le contexte politique actuel, ce qui m’est apparu au bout du compte beaucoup plus riche et pertinent. Mon récit ne s’intéresse plus à Raman Raghav mais à deux incarnations du Mal et à l’histoire d’amour qui les unit ».
Abordant aussi bien les violences faites aux femmes que l’inceste, le poids de la tradition, The Mumbai Murders nous plonge dans la réalité de la société indienne où la violence semble endémique, ce qui conduit ce récit à nous montrer parfois, au passage, des séquences d’une violence insoutenable, sans doute aussi parce qu’un partie des meurtres est montré hors champ et fait donc travailler notre imagination dans ce qu’elle renferme de plus glauque.
En montrant la relation trouble entre le flic – cocaïné jusqu’au fond des sinus – et ce tueur froid, Anurag Kashyap se garde bien de signer dans ce film à la chronologie heurtée une histoire manichéenne : « Le tueur identifie chez le policier la même nature malsaine que la sienne », souligne t-il.
Pour la petite histoire, Sobhita Dhulipala, qui fait ses débuts de comédienne dans ce thriller d’une noirceur totale, a été la Miss Univers 2013. Alors qu’il ne connaissait pas son parcours antérieur, le cinéaste l’a choisi pour jouer la petite amie du flic véreux et violant. Il confie : « Elle s’est complètement investie dans le rôle, de manière quasi obsessionnelle, sans se soucier de son apparence, ce qui m’a surpris de la part d’une gagnante d’un concours de beauté ! »
Outre les qualités de comédien de Nawazuddin Siddiqui, (déjà présent dans Gangs of Wasseypur) qui campe le tueur en série dont une large cicatrice barre le front et qui se promène avec une chemise à carreaux sale, ce thriller nous accroche par une mise en scène enlevée, notamment dans les séquences nocturnes comme dans les panoramiques sur une capitale étouffante à souhait. Le tout est noyé dans un bande son électronique et saturée qui peut, parfois, sembler envahissante. Un film-cauchemar au style certain.

