LE DOC CENSURÉ SUR SAINT LAURENT

CÉLÉBRATION, d’Olivier Meyrou -1h13

Documentaire

Sortie : mercredi 14 novembre 2018

Mon avis : 3 sur 5

Le pitch ?

Loin des regards, Yves Saint Laurent dessine les croquis de ses derniers modèles, entouré par l’équipe qui l’a toujours soutenu. Il s’apprête à quitter un monde dont il est maintenant détaché. Dans les coulisses, Pierre Bergé orchestre une succession de célébration, vouées à transformer l’icône en mythe.

Et alors ?

Olivier Meyrou avait déjà abordé l’univers Saint Laurent en tournant le documentaire Zelda, consacré à Connie Uzzo, directrice de la marque aux États-Unis. Ce qui lui a permis de tisser des liens avec Pierre Bergé. L’idée de filmer « l’intimité de la maison de couture » était née. Tout aurait pu être pour le mieux dans le meilleur des mondes mais, tourné entre mai 1998 et janvier 2001 : pourtant,  ce documentaire n’a été que rarement projeté, après une diffusion au festival de Berlin en 2008. Pourquoi ?  Pierre Bergé s’est opposé alors à la sortie du film. Olivier Meyrou poursuit : « Le film raconte une fin marquée par la déchéance physique, ce moment où la création devient presque impossible. Il est difficile de voir le monde que l’on a créé s’éteindre. C’est très violent. Je pense que Pierre Bergé n’était pas prêt en 2002 à se confronter à cela. Parfois, je me demande s’il ne m’a pas laissé tourner ces images en se disant qu’elles seraient nécessaires ultérieurement. Lorsqu’il a vu ce film à l’automne 2015, il l’a beaucoup aimé il me semble, et fait en sorte que désormais le film soit vu. »

Disparu en 2017, Pierre Bergé est, on le voit dans ce documentaire, omniprésent dans l’ombre de Saint Laurent. Et il veille, avec une main de fer,  à préserver le calme autour de son compagnon qui fume cigarette sur cigarette et que l’on sent, même s’il avoue vouloir désormais « être heureux« , dévoré par un stress existentiel.Il est fascinant de voir comment toute l’équipe d’Yves Saint Laurent attend avec anxiété et respect la sanction du créateur qui a l’œil sur tout et peut d’un geste précis remettre en place le ruban à la place dont il a rêvé. Comme si Saint Laurent vivait en permanence dans un monde parallèle. : « Il est comme un somnambule qu’il ne faut pas réveiller », dit Pierre Bergé qui veille, comme un gardien farouche, dans l’ombre de son compagnon. Et qui peut éclater de colère quand il trouve qu’il y a trop de photographes invités à un défilé en engueulant son monde vertement, à la façon d’un Louis de Funès.

Revenant dans les bureaux de la société, après leur fermeture, avec quelques employés et Pierre Bergé lui-même, Olivier Meyrou signe un requiem émouvant à cette figure mondialement connue. Avec, ponctuellement, la présence muette du chien du maître de céans, Moujik.  « J’ai voulu suggérer une dimension plus concrète dans ce monde hors du commun et parfois artificiel. »

Mêlant le noir et blanc et la couleur – dont le passage symbolique entre le présent et l’œuvre figée n’est pas toujours clair d’ailleurs –  ce documentaire surprend par la proximité avec Saint Laurent, créateur secret s’il en fut.  La seule chose qui peut choquer dans ce documentaire, c’est la musique qui tente de restituer les « ondes de Saint Laurent » mais qui n’apporte rien de vraiment fort à ce portrait d’un monde qui disparaît. La séquence finale où Bergé écoute des morceaux à utiliser pour un défilé et qui se clôt sur un extrait de la petite messe solennelle de Rossini est infiniment plus touchante et juste.

Laisser un commentaire