Un Américain à Marseille

TÉLÉVISION

LA LISTE VARIAN FRAY, de Hélène Chevereau et Clément Désiret

Documentaire – 55 minutes

Diffusion : jeudi 25 octobre, 23h40, sur France 3

Mon avis : 3 sur 4

Un documentaire nous fait découvrir la personnalité de Varian Fry, ce journaliste américain qui, à Marseille entre 1940 et 1941, prit bien des risques pour sauver des intellectuels et des artistes menacés par les nazis.

Hélène Chevereau et Clément Désiret ont la riche idée de rendre hommage à une figure oubliée du conflit de 39-45, sauf par quelques mordus d’histoire qui ont pu lire La Liste noire (*), le récit que ce journaliste et ancien diplômé de Harvard, tira de son aventure marseillaise. Et quelle aventure !

Comme le raconte le documentaire, envoyé en Allemagne dès 1935, Varian Fry avait pris la mesure des risques que faisait courir le nazisme et Hitler au monde entier. Quand ses craintes se confirment, quand Hitler fait appliquer par ses sbires, y compris dans le domaine de l’art, le programme annoncé dans sa bible Mein Kampf, provoquant la fuite de bien des artistes et autres dégénérés, juifs qui plus est, de l’Allemagne (quand ils y parvinrent) et que Marseille devient le dernier port pour un autre monde, il fallut encore trouver un moyen de fuir l’enfer promis. Or, à New York, une association humanitaire américaine se préoccupe du sort de ces artistes européens et dresse une liste de 200 noms incarnant l’intelligentsia. Un homme de 37 ans est désigné pour les exfiltrer :  Varian Fry.

Deux mois plus tard, le voilà à Marseille avec la liste des artistes les plus menacés : Varian Fry va alors devoir rivaliser d’adresse avec sa petite équipe pour parvenir à faire fuir ces personnes, tout en jouant l’apaisement avec le consulat américain qui ne voulait pas encore à cette date voir se tendre les relations avec les autorités allemandes. Il faut lire La Liste noire(*)- un récit très riche de Varian Fry –  pour mesurer à quel point cet homme, doté d’une volonté sans nul autre pareille, et animé de profondes convictions politiques, a pu réussir un tel pari. Ainsi, raconte t-il dans la préface de son livre comment ce petit bureau semblait à certains une terre promise : « Je pense à un romancier allemand antinazi, quand, pris de panique, il est venu dans ma chambre à l’hôtel Splendide à Marseille et a refusé d’en sortir si je ne venais pas avec lui – croyant, de façon pathétique, que la simple présence d’un Américain à ses côtés le protégerait des bourreaux d’Hitler. »

Malgré le peu de documents d’archives et d’images, les réalisateurs parviennent à nous décrire cet Américain sur tous les fronts, à partir de son bureau de la rue Grignan, et de croiser la route de figures célèbres : Marc Chagall, André Breton, Max Ernst et tant d’autres… dont certains – Breton en tête – n’était pas des candidats toujours faciles.

Une tache d’autant plus difficile qu’en dehors de quelques rares témoignages, il y a peu de traces de ce combat de longue haleine et qui était tout sauf dénué de risques  : Varian Fry notamment n’a pas tenu son journal lors de son séjour en France et il avait la manie de détruire les listes et les documents. Une prudence élémentaire quand on connaît la machine nazie… Mais Fry était doté d’une volonté de fer et disait en conclusion d’un article, évoquant l’obligation de sauver le plus de réfugiés  : « C’est un défi que nous ne pouvons pas, de devons pas laisser passer. »

(*) Ed. Plon

 

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