Sur les écrans le 17 octobre, prix du Jury au dernier festival de Cannes, Capharnaüm, de Nadina Labaki,drame contemporain sur les enfants déracinés et maltraités, n’a pas fait l’unanimité. Explications.
Sur la Croisette, en mai dernier, Capharnaüm a autant ému qu’agacé. Joué par des acteurs amateurs qui plongeaient plus ou moins dans leur propre histoire, le film de Nadine Labaki. Le scénario démarre comme un coup de poing. À l’intérieur d’un tribunal, Zain, un garçon de 12 ans, est présenté devant le juge. À la question : » Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? « , Zain lui répond : » Pour m’avoir donné la vie ! « . Capharnaüm retrace l’incroyable parcours de cet enfant en quête d’identité et qui se rebelle contre la vie qu’on cherche à lui imposer.
Avec ce drame qui évoque plus généralement les clandestins, la fuite d’un pays, les frontières, Nadine Labaki a voulu centrer son sujet sur le thème de l’enfance maltraitée. L’idée précise du scénario est née d’un évènement fortuit : « En rentrant d’une soirée, il devait être 1h du matin, je m’arrête au feu rouge et je vois là, sous ma fenêtre, un enfant assoupi dans les bras de sa mère qui mendiait à même le bitume. Le plus frappant, c’est que ce petit qui avait 2 ans ne pleurait pas, il ne demandait rien et ne semblait rien vouloir d’autre que dormir. Cette image de ses yeux qui se fermaient ne m’a plus quittée, si bien qu’en arrivant chez moi, je me suis trouvée prise d’une nécessité : en faire quelque chose. Je me suis mise alors à dessiner le visage d’un enfant qui crie à la face des adultes, comme s’il leur en voulait de lui avoir donné naissance dans un monde qui le prive de tous ses droits. «
Pour donner corps aux personnages du film, Nadina Labaki a choisi pour un casting réaliste, les personnages dont la vie réelle ressemble à celle du film : même le juge est un professionnel. Ensuite, la « chance » a joué en sa faveur. Commentaires : « Le casting sauvage s’est imposé, dans la rue, et comme par magie, car je suis convaincue qu’une force veillait sur ce film, tout s’est mis en place. À mesure que j’écrivais mes personnages sur papier, ils surgissaient dans la rue et la directrice de casting les retrouvait. Ensuite, je n’ai eu qu’à leur demander d’être eux-mêmes car leur vérité suffisait, et que j’étais fascinée, quasiment amoureuse de qui ils sont, de la manière dont ils parlent, réagissent, bougent. »
Le prix reçu à Cannes n’a pas éteint les débats autour du film. Si les uns étaient touchés par les destins de ces laissés-pour-compte, par le plaidoyer de la cinéaste pour éveiller les consciences, les autres trouvaient que Capharnaüm était un recueil de bons sentiments. Une sorte de mélodrame urbain qui n’évite pas les pièges de la lourdeur. On lui a aussi reproché dans ce film où elle suit le jeune héros à sa hauteur de trop accentuer les effets dramatiques par les ralentis, la musique… Chacun pourra désormais juger sur pièce.
Quant à la cinéaste, elle préfère marteler : « Le cinéma est l’une des plus puissantes armes pour attirer l’attention sur des sujets, c’est une responsabilité des artistes ». Et
si les bons sentiments valaient mieux, au final, qu’un silence armé ?
Du côté de la musique ?
C’est le libanais Khaled Mouzanar qui signe la bande originale du film. Pour illustrer la vie de ces enfants qui vivent en marge de la société, le compositeur a mêlé sonorités orientales et classique en cherchant à respecter le côté dur et brut de leur univers.
