GRANDE-SYNTHE – La ville où tout se joue, de Béatrice Camurat Jaud – 1h30
Documentaire
Sortie : mercredi 10 octobre 2018
Mon avis : 3 sur 5
Le pitch ?
Crise migratoire, pollution industrielle, chômage record : la ville de Grande-Synthe (59) est un concentré de crises auxquelles l’ensemble de l’humanité devra bientôt faire face. Pourtant, sous l’impulsion du maire Damien Carême, citoyens, associations et pouvoirs publics se remontent les
manches pour trouver des solutions avec enthousiasme et humanisme.
La ville de Grande-Synthe, aujourd’hui en pointe sur les questions de transition écologique, devient un vrai laboratoire du futur.
Et alors ?
Grande-Synthe, c’est une commune de 23 634 hectares jouxtée à Dunkerque et dont elle abrite une partie du port. Pour la réalisatrice Béatrice Camurat Jaud, Grande-Synthe était une ville qui la touchait depuis la projection sur place de Libres !, de Jean-Paul Jaud. Fascinée par un « univers dantesque » – celui des haut-fourneaux d’ArcelorMittal et des cheminées de la centrale nucléaire des Gravelines- elle a aussi été touchée par les habitants croisés au cinéma. Témoignage : « J’ai rencontré des gens curieux, passionnants, cultivés, attentifs, patients, humbles, ouverts. »
Alors, du printemps à l’été 2017, elle a suivi le rythme des saisons sur le territoire avec ses habitants, et son maire, figure centrale du film : il est vrai, Damien Carême, élu EELV, est un personnage atypique, proche du terrain qui, malgré les doutes, les blessures, continue de se battre pour une ville déshéritée et une population dont la majorité est pauvre. Et qui s’est aussi engagé pour l’établissement d’un camp digne de ce nom pour les réfugiés (en majorité des Kurdes et des Afghans). Fermé au printemps 2017, le camp de Linière n’a pas pour autant fait disparaître le problème des réfugiés politiques.
Aujourd’hui, Damien Carême continue de se battre contre vent et moulin pour faire exister une nouvelle structure sur ce terrain qu’il a viabilisé et terrassé. Lors de la projection parisienne, il a lancé : « J’ai annoncé ce midi au préfet que si je n’avais pas de solution avant la fin de la semaine, je rouvrais le camp de la Linière ». Et ce aussi pour tenir compte des réactions de ses concitoyens devant le désordre engendré par des camps sauvages et qui, pourtant, on le voit dans le doc, ont toujours répondu présent dans les associations pour aider les réfugiés. Et le maire de souligner : « On a le sentiment que les autorités ont une volonté de ne pas faire. Mais ma population a aussi besoin de vivre dans la sérénité. »
Ce qui est particulièrement réussi dans le doc de Béatrice Camurat Jaud, c’est de montrer comment ce maire ouvert et homme de terrain a impulsé une vraie dynamique à sa ville, développant les espaces verts, les cantines bios, soutenant une troupe de théâtre, la Compagnie des Mers du Nord, dirigée avec une belle énergie par Brigitte Mounier… Tout cela pour donner aux habitants de
Grande-Synthe une image positive de leur ville, même si le quotidien est loin d’être facile entre un chômage endémique et une industrialisation des plus dangereuses. De fait, on peut se demander ce qui se passerait si une explosion de gaz violente se produisait dans haut-fourneaux d’ArcelorMittal à quelques centaines de mètres de la centrale nucléaire…
Mais, Damien Carême – qui créa en mars 2016 le premier camp français de migrants aux normes sanitaires internationales – n’est pas de la race de ceux qui se découragent vite. Ainsi, il martèle dans le doc : « Inutile de se répéter 30 000 fois que le rapport de force est en faveur du capital et de la mondialisation. La question est de savoir qu’est-ce qu’ont peut faire maintenant ? «
Jouant sur de très beaux plans sur ce décor dantesque – aussi bien de jour comme de nuit – Béatrice Camurat Jaud montre bien comment, localement, des individus dotés d’une vraie volonté politique peuvent faire bouger les liens en préparant une autre manière de vivre en ville. Et de créer une société plus soucieuse de l’écologie et de la survie des générations futures.

