UN AMOUR SANS FRONTIÈRES

AMIN, de Philippe Faucon – 1h31

avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos, Marème N’Diaye

Sortie : mercredi 3 octobre 2018

Mon avis : 4 sur 5

Le pitch ?

Amin est venu du Sénégal pour travailler en France, il y a neuf ans. Il a laissé au pays sa femme Aïcha et leurs trois enfants. En France, Amin n’a d’autre vie que son travail, d’autres amis que les hommes qui résident au foyer. Aïcha ne voit son mari qu’une à deux fois par an, pour une ou deux semaines, parfois un mois. Elle accepte cette situation comme une nécessité  : l’argent qu’Amin envoie au Sénégal fait vivre plusieurs personnes. Un jour, en France, Amin rencontre Gabrielle et une liaison se noue…

Et alors ?

Après Fatima, son film qui avait marqué les Césars en 2016, Philippe Faucon traite de manière originale la question de l’immigration en traitant cet exil économique dans deux pays différents : la France et le Sénégal. Il souligne : « Le cinéma a cette capacité de mise en parallèle très forte entre les deux mondes. On passe directement d’une séquence dans le pays d’origine à une séquence dans le pays d’accueil, avec un effet de « cut », de confrontation immédiate de tout ce que contiennent les images : les conditions de vie, les préoccupations des personnages, les enjeux sociaux ou familiaux. « 

Par un montage léger et une histoire qui évoque bien des thèmes – la solitude, l’amour, les différences de culture, la pudeur – sans jamais s’appesantir, Philippe Faucon montre la multiplicité de destins d’immigrés : d’Abdelaziz, le marocain, à Amin, en passant par bien des silhouettes qui gravitent dans le centre d’hébergement du Sénégalais. Des personnages qu’il saisit dans les petits gestes du quotidien : le repas partagé, les travaux sur les chantiers comme les retrouvailles avec les enfants quand Amin rentre au pays, où la confrontation avec les douaniers locaux.

Et quand il suit l’histoire d’amour entre Gabrielle et Amin, il reste dans le vraisemblable en montrant comment, le temps de quelques semaines, ces abîmés de la vie font vivre une vraie passion mais qu’ils savent sans vrais lendemains.

Et une fois encore, Philippe Faucon montre la finesse dans la direction d’acteurs. Emmanuelle Devos campe sans grands effets de manche cette mère séparée d’un mari qui la harcèle et ne supporte pas sa liberté conquise. Et, sur un terrain de jeu nouveau pour elle, elle assure de bout en bout. Mention spéciale à Moustapha Mbengue, étonnant de naturel dans ce personnage de déraciné qui se cherche des repères pour continuer à vivre « normalement ».

Évoquant ce comédien et musicien sénégalais vivant à Rome et qui débute ici sur grand écran, Philippe Faucon ajoute : « Il a une connaissance particulière et profonde de tout ce dont est fait le parcours d’Amin : solitude, à la marge d’un pays que l’on a rejoint par nécessité de survie, éloignement des siens dont on garde la charge, etc… »

Il y a enfin les séquences très justes au Sénégal, avec le personnage de la femme d’Amin qui incarne une femme forte qui veut conserver son indépendance, notamment face aux frères de son mari voulant imposer les relations ancestrales.

Avec cette histoire simple, Philippe Faucon nous touche et montre un visage différent de l’immigration. Sans pathos ni simplisme.

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