BURNING, de Lee Chang-dong – 2h28
Avec Yoo Ah-in, Steven Yeun, Jeon Jong-seo
Sortie : mercredi 29 août 2018
Mon avis : 3 sur 5
Le pitch ?
Lors d’une livraison Jongsu, un jeune coursier, tombe par hasard sur Haemi, une jeune fille qui habitait auparavant son quartier. Elle lui demande de s’occuper de son chat pendant un voyage en Afrique. À son retour, Haemi lui présente Ben, un homme mystérieux qu’elle a rencontré là-bas. Un jour, Ben révèle à Jongsu un bien étrange passe-temps…
Et alors ?
Marquant son retour au cinéma, huit ans après Poetry, Lee Chang-dong signe dans Burning une fable existentielle en forme de thriller à travers l’affrontement entre deux personnalités symbolisant deux mondes. Un scénario inspiré par la lecture fortuite d’ une nouvelle d’Haruki Murakami intitulée Les Granges brûlées et adapté avec la co-scénariste OH Jung-mi.
D’un côté, on découvre Jongsu, dont l’hérédité lourde ne lui permet pas d’espérer gravir les échelons de la société car il n’a pas vu sa mère depuis seize ans et son père, ouvrier agricole, est en taule pour violence. De l’autre, il y a Ben, un citadin riche qui roule en Porsche et vit dans un somptueux appartement. Entre ces deux jeunes adultes que tout oppose, il y a la mystérieuse et belle Haemi, aussi troublante que capable de raconter
des mensonges qui sonnent vrai : d’un projet de voyage en Afrique à l’évocation d’un chat solitaire qui se cache dans son appartement.
Au départ, le cinéaste ne trouvait pas le projet cinématographique comme il le souligne dans une interview croisée avec sa co-scénariste : « Lorsque tu m’as conseillé de lire cette nouvelle, elle m’a un peu déconcerté, parce que c’est une histoire assez mystérieuse, mais où, en effet, il ne se passe rien. Cependant, j’ai fini par partager ton point de vue : ce mystère recèle une dimension très cinématographique. On allait pouvoir en faire quelque chose de plus grande ampleur et de plus complexe. Ces trous béants dans l’enchaînement des événements, la pièce manquante qui nous empêche de connaître la vérité, font référence au monde mystérieux dans lequel nous vivons aujourd’hui, ce monde dans lequel on sent bien que quelque chose ne va pas, sans pourtant réussir à expliquer précisément de quoi il s’agit. »
Avec son titre aux sens multiples – le feu de la passion qui dévore Jongsu mais aussi celui de la rage qui peut conduire aux pires extrémités et le feu bien réel qui détruit les traces – Burning brouille à loisir les pistes avec ce qui n’était au départ qu’une histoire de sexe entre adultes.
Jouant sur les dérives de l’imagination – l’incendie des serres notamment qui donne lieu à une très belle séquence – Burning fait un film à la Faulkner, auquel l’apprenti écrivain fait directement référence dans l’histoire, autrement dit une histoire vue par plusieurs protagonistes et donc plusieurs angles. Et c’est très astucieusement fait, il faut le dire.
Si le film montre clairement le combat des classes en Corée avec, non loin de la ferme de Jongsu, cette Corée du nord qui hurle ses messages politiques par des hauts parleurs, l’histoire se répète un peu -notamment dans les séquences où Jongsu espionne son rival et qui, parfois, ne sont pas très crédibles – et la longueur du film ne permet pas au spectateur de ne pas décrocher ponctuellement. Au demeurant, le trio d’acteurs joue parfaitement bien et le cinéaste a le sens des images fortes et sensuelles comme la danse de la belle Jong-Seo Jun au moment où le soleil se couche dans la campagne.

