UNE JEUNE SYRIENNE QUI SE BAT

MON TISSU PRÉFÉRÉ, de Gaya Jiji – 1h34

Avec Manal Issa, Ula Tabari, Souraya Badhdadi

Sortie : mercredi 18 juillet 2018

Mon avis : 3 sur 5

Le pitch ?

Damas, mars 2011. Le début de la Révolution. Nahla est une jeune femme de 25 ans, tiraillée entre son désir de liberté et l’espoir de quitter le pays grâce au mariage arrangé avec Samir, un Syrien expatrié aux États-Unis. Mais Samir lui préfère sa jeune sœur Myriam, plus docile. Nahla se rapproche alors de sa nouvelle voisine, Madame Jiji, qui vient d’arriver dans l’immeuble pour ouvrir une maison close.

Et alors ?

Premier film de Gaya Jiji, cinéaste syrienne basée à Paris depuis 2012, ce récit est une réflexion subtile sur la situation des femmes au Moyen-Orient à travers le rapport sensuel de Nahla et d’un tissu. La cinéaste explique : « Mon tissu préféré, c’est le désir pour l’héroïne, que son corps soit touché par une étoffe particulière, un désir qui est un choix. »

Composé au début de la guerre civile en Syrie, fin 2010 et en 2011, le film porte trace de l’angoisse générale qui monte et de ce conflit qui allait plonger le pays dans le chaos. Le parallèle entre la violence publique et la violence intérieure est palpable dans le film de bout en bout et, sans surligner lourdement les choses, Gaya Jiji nous fait partager ce quotidien où l’on sent que tout va basculer d’un instant à l’autre. Elle confirme : « Ce film est devenu mon interprétation très personnelle de ce début du conflit terrible. Il ne s’agit pas de vision documentaire, mais bien de mon interprétation, mon reflet de cette situation… »

Mêlant histoire personnelle et histoire politique, Gaya Jiji signe un premier film original, prenant et poétique. Même dans les scènes de la jeune maison close, elle parvient à montrer sans voyeurisme (la séquence de la glace sans tain est à cet égard fort réussie), à faire partager les émotions de la jeune Nahla, campée avec grâce par Manal Issa, un comédienne franco-libanaise (Peur de rien, de Danielle Arbid). Et le moment où le soldat énigmatique vient oublier le quotidien en se faisant raconter une histoire par un des pensionnaires du bordel est symboliquement très riche.

Dans cette famille qui vit dans un huis clos féminin un peu oppressant, Nahla est un portrait de femme qui lutte. Même si elle trouve un échappatoire dans un mariage arrangé, même si on sent qu’elle n’y trouvera pas l’amour, Nahla se bat pour trouver sa place dans une société dont l’horizon est barrée. La séquence où elle découvre l’amour physique, dépourvue de tout romantisme, en dit long sur ce combat de femmes…

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