DVD
Voilà disponible en DVD et en VOD, Retour au palais, le riche documentaire consacré par Yamina Zoutat à ce Palais de justice de Paris qui vient de déménager dans le quartier des Batignolles.
Longtemps chroniqueuse judiciaire pour TF1 – dix ans exactement- Yamina Zoutat connaît bien ce lieu historique, ses espaces labyrinthiques, ses pratiques, ses cérémonies… Elle a donc voulu immortaliser cette vieille dame, alors que le Palais, tel qu’elle le connaissait, a changé de cadre et a déménagé mi-
avril, dans le quartier des Batignolles, à la porte de Clichy, au nord du 17ème arrondissement, près du périphérique.
Le pitch du documentaire, premier long métrage de la réalisatrice est donc sur le papier simple. Le désormais « vieux » Palais de Justice est une gigantesque demeure qui compterait 6999 portes, 3150 fenêtres et 28 kilomètres de couloirs ! Des caves aux greniers et jusque sur les toits, le personnel de la maison s’affaire à toute heure, pendant que les murs résonnent de ce qui se juge ici. Enfants battus, trafics, divorces, enlèvements, crimes de sang… Nourrissant le récit de sa propre expérience, Yamina Zoutat définit ainsi son approche : « Je porte en moi le scénario de ce que j’ai vécu ici. » Et d’ajouter : « Je mets en scène mon expérience intime, mes émotions, mes sensations, et je les confronte au devenir d’une institution toute-puissante. Au fur et à mesure que le Palais se vide et se fait silencieux, les fantômes prennent possession des lieux. Les murs, les boiseries, les tentures,les marches de marbre usées à force d’avoir été gravies, retiennent leur empreinte pour toujours”.
Dans un récit en apparence désordonné, en passant des gros plans sur de vieux panneaux signalétiques à des rencontres étonnantes (avec les religieuses qui officiaient dans le vieux Palais notamment), elle
signe un documentaire prenant en diable où l’on va de découverte en découverte comme lorsqu’elle filme les cellules d’attente dont les portes… ont été retirées. Ou quand un huissier montre une urne de vote, patinée par le temps, et dont sont sorties, à n’en pas doute, quelques condamnations lourdes, y compris des peines capitales. Yamina Zoutat se souvient aussi de ce confrère de l’AFP qui prenait un peu de repos entre deux procès sur un matelas
pneumatique qu’il installait dans un coin de la pièce dévolue aux journalistes.
Mais le temps a passé, la vétusté s’est installée et ce Palais qui fut, depuis 1789, le théâtre des plus grands procès de l’histoire de France. n’est plus adapté aux contraintes de la justice moderne. On découvre ainsi l’architecture d’un lieu divisé en deux niveaux depuis les débuts du Moyen Âge : “le bel étage”, où l’on juge, et “le bas étage”, les sous-sols où croupissent les proscrits en attendant leur jugement. Et des expressions comme « la Souricière » – qui désigne l’espace où les détenus attendaient avant et après leur procès, en disent long sur les coulisses de cette institution.
Non sans une certaine émotion, Yamina Zoutat fait revivre les grandes heures de ce Palais, aujourd’hui peuplé de bien des fantômes. Et c’est passionnant.
(*) Shellac distribution et en VOD sur http://www.shellac-altern.org
