LA BELLE ET LA BELLE, de Sophie Fillières – 1h35`
Avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud
Sortie : mercredi 14 mars 2018
Mon avis : 3 sur 5
Le pitch ?
Margaux, 20 ans, fait la connaissance de Margaux, 45 ans : tout les unit, il s’avère qu’elles ne forment qu’une seule et même personne, à deux âges différents de leur vie…
Un face-à-face original. Il faut se laisser porter par le parti pris anti-naturaliste de Sophie Fillières pour embarquer dans ce monde aussi concret que loufoque. Et il y a un certain charme aux ping-pong verbal et temporel, dans le rythme des répliques et dans l’étrangeté de certaines situations d. S’agit-il d’une même femme jouée par deux comédiennes à des âges différents ou de deux femmes distinctes formant un unique personnage ? Sophie Fillières nous laisse libre d’imaginer : « C’est aussi peut-être une
question que le spectateur se posera pour moi, le plus important est de se laisser porter par l’histoire, d’accepter ce postulat – aussi énorme soit-il – sans encombre et même avec jubilation, et en quelque sorte de « profiter ». C’est un véritable vertige bien sûr mais c’est aussi et avant tout pour moi un enchantement. Je pense néanmoins, s’il fallait absolument se prononcer, mais pourquoi le faudrait-il ?, qu’il n’y a qu’une seule Margaux constituée de son passé, de son présent et de son futur. J’avais à cœur d’unir deux comédiennes dans un seul personnage. D’ailleurs, le film assume leurs différences physiques car en réalité Sandrine et Agathe ne se ressemblent pas tant que ça, mais elles ont cette même singularité, elles ont en commun une présence singulière au monde. » Le tout étant porté par la musique originale non dénuée de lyrisme imaginée par Kasper Winding et qui confère une certaine fluidité à l’ensemble.
Là où le récit perd un peu de son souffle quand même c’est dans le montage alterné qui devient un peu
trop mécanique et par le jeu un peu téléphoné sur le remariage sur fond de triangle amoureux.
Un trio bien tempéré. Si l’histoire garde un charme certain, c’est sans nul doute grâce à la confrontation des trois acteurs principaux qui, chacun à sa façon, livre une partition originale. En faisant jouer sa propre fille et Sandrine Kiberlain qui avait joué dans son premier court métrage en 1991, Des filles et des chiens, Sophie Fillières a fait le bon choix et le mariage de ces deux actrices, très dissemblables sur le plan physique, fonctionne parfaitement. Évoquant son rôle, Sandrine Kiberlain souligne : « Je la voyais adulte avec quelque chose d’encore juvénile. Elle est fragile et forte à la fois, futée, fantaisiste, insolente…. tout ce qui me séduit dans les personnages. »
Pour compléter cet univers de conte moderne – le titre y fait une allusion explicite – il fallait aussi le « prince » charmant, rôle dévolu à Melvil Poupaud qui incarne parfaitement bien ce comédien qui a grandi avec le cinéma. En play-boy un brin désenchanté, il assure bien sa partition.
Un film étrange mais qui a quelques atouts pour séduire le spectateur curieux d’histoires insolites mais touchant à des sentiments éternels et à des blessures de l’âme.
C’est le compositeur danois Kasper Winding, demi-frère du réalisateur Nicolas Winding Refn, qui a signé la bande originale du film, qui sort aux Editions Milan. Compositeur mais aussi producteur de musique, Kasper Winding a complété ses propres morceaux par des titres de Chapelier, Fou, N’to et Odezenne.


