Sorti le 27 décembre dernier, Tout l’argent du monde, nouveau film de Ridley Scott a été inspiré par le livre éponyme de John Pearson (*). Une étonnante plongée sur les secrets d’une fortune familiale. Et ce roman vaut le détour…
Publié à l’origine sous le titre Painfully Rich, ce récit dense de John Pearson est l’histoire d’un rapt. A Rome en 1973, des malfrats de la mafia italienne enlèvent Paul, le petit-fils de J. Paul Getty, magnat du pétrole aussi connu pour sa fortune que pour son avarice.
Pour ce milliardaire, l’enlèvement de Paul n’est en effet pas une raison suffisante pour qu’il se déleste d’un peu de sa fortune, même si les ravisseurs lui ont envoyé une oreille coupée de son petit-fils . Et c’est la mère-courage de Paul, Gail, qui se bat pour obtenir la libération de son fils en faisant alliance avec Fletcher Chace, l’étrange chef de la sécurité du magnat. Dans ce récit prenant, John Pearson plonge le lecteur au cœur d’une des richissimes familles du monde, qui se battent autour d’un lourd héritage qui ne peut qu’être empoisonné.
Si la sortie du dernier Ridley Scott a été un peu (beaucoup) contaminé par l’affaire du remplacement de Kevin Spacey, au lendemain des accusations de harcèlement sexuel dont il fait l’objet, par Christophe Plummer, la lecture de ce roman permet de se replonger au cœur de l’affaire, grâce à un récit mené avec brio. Et de découvrir les névroses de tout un clan Ainsi, le romancier fait du magnat le portrait suivant : « En vérité, Jean Paul Getty était l’homme d’une passion, qu’il avait résolument canalisée dans la constitution de son immense fortune, à la manière d’un grand compositeur qui met tout son âme dans une symphonie. Son véritable amour n’allait pas aux femmes, qui étaient accessoires, mais à l’argent, qui ne l’était pas – et Getty s’était avéré être un partenaire fidèle, romantique, tout au long de sa relation avec le billet vert, le courtisant jalousement, l’accumulant en d’énormes quantités sur plus de soixante ans. »Tout au long de l’histoire, on mesure le cynisme d’un vieil homme qui ne déroge jamais à ses principes surtout quand sa fortune est en jeu. Avec lui, le mot famille ne semble pas susciter une once d’émotion. Et John Pearson d’écrire : « Getty ne cache pas que sa façon d’agir avait moins à voir avec de grands principes qu’avec son propre ressenti. D’abord, sa morale puritaine réprouvait les mœurs prétendument hippies de son petit-fils. Il avait assez entendu parler de lui pour penser qu’il tenait de son père et refusait d’être en lien avec l’un ou l’autre tant qu’ils n’auraient pas rectifié leur comportement. »
« Drame shakespearien« , pour reprendre la formule de Ridley Scott, ce récit mêle – avec un rythme solide et bien des rebondissements – une histoire de pouvoir, de filiation . Et en permanence enfin, il pose la question centrale de la puissance destructrice du fric.
(*) Ed HarperCollins
